Dernière modification par Johan - 2019-10-23 17:21:38

Chaque année, un thème est défini et décliné tout au long de l’année dans les différentes activités et par les différents groupes paroissiaux. Cette année, le thème retenu par notre Consistoire est :

Sortir de nos murs

« De Babel à Pentecôte ... »

De la lettre à l’esprit, diversité, pluralisme et tolérance.
Partage de nos échanges à la retraite communautaire des 19 et 20 octobre derniers

Nous avons commencé notre retraite par des groupes de discussion autour des questions relatives à nos relations avec les autres. Nous avons essayé de mettre des mots sur les « barrières intérieures » que nous ressentons devant la nouveauté, ou face aux personnes qui pensent différemment, qui ont des choix de vie différents, des spiritualités différentes, ...
Nous nous sommes référés à la construction de la tour de Babel (Genèse 11 : 1 à 9) où des êtres humains veulent se bâtir une tour pour mieux s’élever vers Dieu, une tour de sécurité, un « cocon » dans lequel il fait bon vivre la fraternité et l’unité, séparés du reste du monde. Dieu va y descendre pour que l’homme ne s’enferme pas dans ses vérités et ses croyances mais qu’il aille vers les autres et apprenne à mieux les connaître, les apprécier.
Dieu ne laissera pas le choix à l’homme, il va confondre son langage unique en donnant la diversité des langues, l’homme sera obligé d’étudier la langue, la culture de l’autre, c’est-à-dire apprendre à être freiné par le prochain, prendre du temps pour essayer de le connaître, de le comprendre. Au lieu de construire une tour pour se protéger des autres, Dieu invite chaque humain à construire des liens, manifester de la compréhension, de l’empathie, de la bienveillance, de l’attention les uns envers les autres.
Au plus profond de nous il y a l’invitation au voyage vers les autres, c’est notre vocation.
« Faire église » (ecclésia) c’est sortir de nous-même, de nos maisons particulières.... pour former une assemblée, un corps avec les autres.
Cela va plus loin que la tolérance, c’est faire route ensemble.

Comment alors rencontrer cette autre personne, la rencontrer là où elle est ? C’est un réel effort comme quand on veut apprendre une langue, c’est difficile !
Ce que Dieu nous demande est difficile d’où les résistances internes !
Comment alors rencontrer cette autre personne, la rencontrer là où elle est ? C’est un réel effort comme quand on veut apprendre une langue, c’est difficile !
Ce que Dieu nous demande est difficile, d’où les résistances internes !

Analyse de nos résistances :

La résistance au changement est normale : c’est un mécanisme d’adaptation profondément ancré dans notre cerveau qui nous porte à vouloir fuir ou éviter les situations ou les émotions potentiellement ou réellement souffrantes, inconfortables, menaçantes et qui troublent ou peuvent troubler notre confort, notre sécurité, nos croyances, nos valeurs, nos besoins, notre équilibre.

Elle s’opère, par exemple, quand :
- Dans mon milieu de travail, je m’oppose à un changement qui m’oblige à modifier mes façons habituelles de travailler.
- La venue d’un enfant me force à modifier mes habitudes de vie.
- Un deuil me force à vivre la douleur de la séparation d’avec un être cher.
- Une personne émet une opinion contraire à la mienne ou se comporte d’une manière qui contrarie une de mes valeurs.

En tant qu’humains nous faisons tout pour éviter la souffrance, la résistance au changement est universelle, inévitable : c’est une stratégie de survie. Et notre cerveau va toujours réagir pour nous éviter une souffrance réelle. Vous comprenez déjà que la résistance est normale. Ce qui ne l’est pas, c’est de résister tout le temps, d’en faire une position de vie.

Les sources de la peur ou du mal-être d’aller vers les autres.
Celle-ci ou celui-ci peut provenir de plusieurs sources enfouies en nous comme le manque de confiance en soi, nos fragilités, des complexes, des blessures du passé, des mauvaises expériences, des abus de certaines personnes qui nous font vivre dans un repli sur soi, .…

La Bible est remplie d’actions de Dieu pour libérer, désincarcérer l’être humain emprisonné en lui-même :
- En Eden Adam et Eve, se sont cachés de Dieu, Dieu était devenu pour eux un « Autre menaçant », et non plus bienveillant. Dieu leur a, alors, tissé un manteau pour qu’ils soient plus à l’aise. (Genèse 3 : 21) Dieu leur a donné sa présence. Dieu a aidé Eve à accoucher (Genèse 4 : 1)
- Dieu a mis un signe sur Caïn pour qu’il voyage sur la terre, malgré son crime, et qu’il soit protégé des autres. (Genèse 4 : 5)
- Abraham est appelé à « Quitter la maison de son Père, et à aller vers le pays que Dieu lui montrera... », il est invité à aller vers lui-même, à découvrir qu’à 75 ans il est encore temps de quitter « les pantoufles » de son Père et de devenir voyageur, nomade sur la terre.
- Il en sera pareil pour le prophète Élie, découragé, demandant la mort à la suite de ses actes de violences envers les prophètes de Baal, et la menace de Jézabel, mais que Dieu va nourrir, restaurer par son souffle « doux et subtil », et renvoyer vers les autres. (1 Roi 19)
- Toute la pratique de Jésus nous montre son constant souci d’aller vers les personnes les plus marginalisées, les rejetés du système religieux de l’époque.

Y-a-t-il des limites à l’ouverture aux autres ?

L’ouverture aux autres repose sur le respect réciproque. Nous avons dans la Bible un certain nombre de textes qui nous invitent à la prudence voir à la rupture avec des pensées et des individus mal intentionnés et qui ont pour seul but de faire de nous leur proie. Le dialogue est alors difficile voir impossible.

« Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme des serpents, et simples comme des colombes. » (Matthieu 10 : 16)

Cependant ces textes ne sont pas là pour nous tenir à l’écart des autres, enfermés dans un ghetto, mais pour nous encourager à continuer inlassablement de nous mettre en route et de continuer notre chemin vers tant d’autres qui nous attendent.

Quelle image ai-je de Dieu ?

Il faudra aussi apprendre à convertir l’image que nous nous faisons de Dieu : un Dieu inclusif ou exclusif ? Un Dieu légaliste ou un Dieu à l’esprit qui libère et fait vivre ? Un Dieu qui écrase et enferme ? ou un Dieu qui épanouit, construit l’adulte en nous ?

Nous avons à la fois besoin de murs, de références, de protection et à la fois nous avons besoin d’en sortir.

Pour conclure arrêtons-nous sur l’image du Père dans la parabole dite « du fils prodigue »

Un homme avait deux fils... si différents...
Ces deux fils mettent en scène le texte de la tour de Babel : lequel construit une tour pour se protéger de l’autre ?
Pourquoi le fils aîné n’arrive-t’il pas à se réjouir du retour de son frère cadet, à aller à la rencontre de l’autre ? Quel est cet autre ? Quel est son langage ?
Et le Père dans tout cela ? Comment la figure de ce Père peut-elle nous aider à aller vers l’autre dans son altérité ?

Il est très intéressant d’humer l’atmosphère qui devait régner dans cette maison ? Quelle ambiance devait-il y avoir dans cette maison avec la mentalité d’un tel père ? Malgré la mauvaise entente des fils qui pouvait empoisonner l’atmosphère (jamais ils ne se parlent et quand il s’ouvrent la bouche ce n’est pas nécessairement pour être humble et doux l’un envers l’autre !!!) mais c’est le rayonnement du Père qui illumine toute cette parabole et malgré les mauvais rapports entre les deux fils, quelle atmosphère le Père a-t-il pu imprimer à cette maison ?

1-C’est la maison de la diversité
2-C’est un lieu de liberté et pas une prison
3-C’est un lieu où il y a du pain pour tous, même si l’on n’est pas fils
4-C’est un lieu où on est attendu, où on a toujours sa place (où on est aimé sans condition et attendu sans critique)
5-C’est un lieu où l’on sait se remettre en question et se repentir mais aussi où l’on est pardonné
6-C’est un lieu où l’on entend le Père nous parler
7-C’est un lieu de fête et de joie

Notre communauté ressemble-t-elle à la maison du Père ?
Quel personnage êtes-vous dans cette parabole ? Qui aimeriez-vous être ?
Dans quel domaine croyez-vous que votre communauté connaisse un manque pour devenir davantage la maison du Père et pour lequel vous désirez vous engager ?

Pasteur Georges Quenon