Dernière modification par Johan - 2019-12-02 06:46:55

LA CHUTE DU MUR

Cameroun, 2019. Depuis que notre fille y travaille, il pleut, il douche, il drache. Vous pouvez le dire dans toutes les langues. Il pleut plus qu’en Belgique, dit-elle, ce qui n’est pas un compliment ! Bon, il fait chaud, c’est une compensation. Chaud et humide… Mmmm, pas ma tasse de thé. Bref, on ne me demande pas mes sentiments, après tout. En plus, tel n’est pas mon propos.
Ces pluies incessantes ne sont pas sans conséquences, elles minent les terrains et sapent des murs construits selon les normes africaines. Je vous explique : prenez deux terrains, dont un en contrebas de l’autre. D’un côté, vous logez une expatriée de la délégation européenne. De l’autre, l’ambassade du Nigéria, qui, à son arrivée, sécurise bien évidemment les lieux : on construit un solide mur en béton au-dessus d’un mur en grosses pierres…
Il pleut, il douche, il drache… Patatras ! Le mur en béton s’écroule contre la maison d’en bas avec les conséquences fâcheuses que l’on devine, dont des coulées de boue récurrentes selon la météo…
Etant donné que le boulot de notre fille comprend, entre autres joyeusetés, la gestion des logements des travailleurs de la délégation, bonjour les tracas !

Je vous ai bien eus, n’est-ce pas ! Je parie que vous imaginiez que j’allais vous parler du Mur, avec M, celui de Berlin. C’est sans compter avec mon esprit farceur. Mais on peut en parler, si vous le désirez. Juste un peu.
Ce mur de Berlin qui alimentait (déjà) nos courriers d’Amnestiens. Que n’avons-nous pas suivi des personnes en grand nombre, dans tous les pays de l’Est : lettres écrites à la main, en roumain par exemple. Conditions de détention en asiles psychiatriques en URSS, goulags, arrestations arbitraires, dénonciations… Oui, ce mur que les gens de l’Est essayaient de franchir. Ces « canaux » secrets qu’utilisaient les Eglises d’Allemagne de l’Ouest pour faire parvenir de l’aide à celles de l’Est…
C’est si proche et si lointain à la fois. Et, à lire l’actualité, on dirait que les gens de l’Est ont oublié cette époque terrible. Terrible amnésie qui coûtera cher.
Le 9 novembre 1989, ce mur est tombé, dans une explosion de joie incroyable. C’est un sentiment inoubliable.

Un mur de tombé. Combien de reconstruits ? Inde/Pakistan/Bengladesh, Israël/Palestine, USA/Mexique… N’oublions pas les barrières mises à l’Est, par des pays européens.
De tous temps (cf. la grande muraille de Chine, le mur d’Hadrien en Ecosse), les humains ont élevé des murs pour se protéger des autres : les ennemis, les moins nantis, les étrangers, les autres.

Des murs invisibles existent en nous : protection, défense contre tout ce qui pourrait nous déranger, nous sortir de notre confort routinier, préjugés sur tout ce qui ne nous ressemble pas. Mais qui dit « mur » dit aussi prison. Nous nous enfermons, nous nous cristallisons sur nos propres avoirs, êtres et pensées, sans l’oxygène venu d’ailleurs.

Et si, en ce temps de Noël, on redécouvrait la puissance de Celui qui vient abattre les murs de séparation ? Il utilise toutes les manières : à la façon de la pluie ou de l’explosion politique, il peut miner nos défenses, mais je pense qu’Il agit surtout avec amour, par la persuasion, pour nous aider à abattre les murs en nous, murs de l’égoïsme, de l’indifférence, de la discorde.
Chaque fois que nous sautons par-dessus le mur, nous gagnons en joie, en paix, en bonheur.
Nous élargissons l’espace de notre tente, comme disait Esaïe :
« Elargis l'espace de ta tente; Qu'on déploie les couvertures de ta demeure: Ne retiens pas! Allonge tes cordages, Et affermis tes pieux ! »
Je vous souhaite un Noël oxygéné, les bras et le cœur ouverts, l’esprit accueillant pour la bonne nouvelle de Celui qui vient chaque jour chez nous.
Il suffit de lui ouvrir… et de « faire le mur » avec Lui.

Yvette Vanescote
Décembre 2019