Dernière modification par Johan - 2019-03-01 10:32:11

ÉCOLOGIE ET COHÉRENCE

Ma maman disait souvent, lorsque nous ne nous comportions pas bien, qu’elle était comme une poule qui a couvé des œufs de canard… Cette phrase a ponctué mon enfance, puis mon adolescence et, si elle ne résonnait plus (trop) à l’âge adulte, c’est que la reine mère n’osait plus l’émettre, même si l’envie la démangeait… Quoique… Des signaux non verbaux tout aussi efficaces ( ?) pouvaient lui échapper et marquer sa désapprobation, à tort ou à raison.

La Belgique s’est levée un bon matin, au bord de la mare, et a contemplé ses petits canards se lancer à l’eau, avec inconscience diront les uns (les poules mouillées), avec fougue diront les cygnes écolos (très intéressés), avec la fraîcheur de la jeunesse diront les renards (à l’affût d’un bon festin).

J’ai lu la condescendance, le mépris de certains hommes politiques, dépassés, mais alors là, dépassés… d’une galaxie ! Ils sont là au bord de l’eau, à essayer de faire coin, coin, mais leur voix s’étrangle dans des « cot cot » poussiéreux, rageurs de ne pas avoir vu la vague arriver ! Pour une mare, c’est un comble de se prendre pour une mer déchaînée ! J’ai lu aussi les tremblements d’excitation de politiciens d’autres bords qui n’osent pas y croire, qui lissent leurs plumes, font les cent pas, éventuellement la roue, et contemplent toute cette jeunesse ébouriffée de slogans tous plus ravageurs les uns que les autres. C’est que l’humour, ça vous tue une certaine politique aussi sûrement qu’une savate écrase une mouche ! Et ils en ont à revendre, de l’humour, nos petits canards ! En plus, on leur découvre une conscience étonnante (étonnante pourquoi ?) des dangers provoqués par nos standards de vie et de consommation à l’œuvre depuis des lustres.

J’ai lu les discours variés des parents, éducateurs, psy en tous genres, analystes du style des slogans, journalistes de tous poils, soutenant ou décriant les « marches des canards » du jeudi. Ici, il ne s’agit pas de danser dans une noce de village, mais de s’inquiéter de l’avenir de l’humanité aux prises avec des changements climatiques majeurs. On croit trop facilement que Dieu a placé l’homme dans la création pour en être le maître. C’est une erreur fatale, il n’y est que comme gérant et responsable et, des comptes lui seront demandés un jour, comme dans la parabole des talents.

J’ai lu, partout, et je suis aussi passée par cette phase, une exigence de cohérence, demandant à ces « canetons » d’examiner sérieusement leur manière de consommer, de se déplacer. Vont-ils être capables d’opérer une révolution écologique en se privant eux-mêmes de tout ce que le monde économique adulte a mis sous leurs yeux pour qu’ils dépensent allègrement leur quota carbone au meilleur profit d’hommes et de femmes d’affaire peu scrupuleux, à l’exception de la gestion de leurs comptes en banque. Qui suis-je pour exiger cela des autres alors que je boude trains et bus et prends l’avion pour des destinations lointaines !!!!!

J’ai lu l’interview d’Anuna de Wever, 17 ans, instigatrice des manifs du jeudi : maturité, lucidité sur la cohérence à atteindre, mais aussi peur de l’avenir sont à son programme. J’ai été soufflée par la profondeur de sa réflexion, par sa détermination. Elle a compris, c’est comme ça du moins que je l’ai perçu, qu’il faut en effet que pensées, discours et actions se meuvent de conserve, mais aussi qu’il ne faut pas attendre d’être parfait pour agir, elle a compris l’urgence et l’importance des décisions à prendre. Des décisions qui feront peut-être mal…Là aussi il faudra faire preuve de cohérence pour pouvoir vraiment changer les choses. La cohérence devra passer par chacun d’entre nous, tôt ou tard. De préférence tôt.

La cohérence, c’est une denrée rare qui manque dans tous les domaines de nos vies personnelles : combien de fois faisons-nous le contraire de nos beaux discours ? Nous sommes dans la belle compagnie de Paul, qui voulait faire le bien, mais ratait son coup en faisant le mal qu’il ne voulait pas. C’est un constat commun à tous, qui rabat notre orgueil si prompt à s’exprimer. Que ce ne soit pas la mauvaise excuse qui nous empêche d’agir !

Yvette Vanescote
Mars 2018