Dernière modification par Johan - 2020-02-29 20:52:16

SALUT, L’ARTISTE !

Été 2019.
Une petite pièce d’eau, en forme de demi-lune. Rien de très sophistiqué. A l’image de celle qui l’entretient vaille que vaille. Prétexte d’une halte parfois prolongée au cœur de l’été. Le murmure de l’eau courante berce la visiteuse silencieuse.
Une courbe de pots de bégonias nains souligne celle de la mare. Rouges et roses. Juste pour garnir et enquiquiner un héron éventuel à l’atterrissage. Les chats, eux, n’en ont cure et viennent s’approvisionner en poissons sans vergogne, à la grande rage de la gardienne des eaux.
Ce moment, cependant, est consacré à la détente, à la contemplation des plantes aquatiques et des circonvolutions des poissons. Quelle paix ! Quelle beauté dans la nature !

Soudain, un bourdonnement affairé : une abeille au corselet de velours vient se poser sur une fleur de bégonia. Tiens, ça sent, un bégonia ? Je n’aurais jamais cru que cela puisse intéresser quelqu’un ! Juste une plante de bordures, pour souligner et mettre en valeur les autres…
Examinons la question de plus près !
L’abeille ne s’occupe pas de mes questions, me toise avec mépris : « cette femme n’y connaît rien en nectars », et poursuit sa tâche estivale de récolte de pollen. Elle visite chaque pistil, butine l’un, écarte l’autre, charge ses pattes arrière de petites boules jaunes et les agite à la manière d’une pom-pom girl au bord d’un terrain de base-ball !

Spectacle fascinant. Je contemple ces petites pattes et je pense aux pots de miel du cousin Jean-Pierre. Combien d’allers retours, combien de fleurs visitées, combien de travail, de temps pour nous gâter, en fin de course. Quelle persévérance, quelle application à la tâche ! Je suis sans voix.

Hiver 2019.
Un article dans le « So Soir » du samedi montre les œuvres d’un artiste (?) qui propose des formes à des abeilles, sur lesquelles elles construisent leurs alvéoles de cire, tout aussi patiemment. Sortent de leurs « ateliers » d’artistes, des cruches, des vases odorants, tous plus beaux les uns que les autres.
Qui est vraiment l’artiste dans ce cas ? On peut se poser la question.

Printemps 2020
Elle finit toujours par venir, cette saison, qui fait exploser notre jardin de joie. Une orgie de fleurs, un banquet pour les abeilles. Je me réjouis de les retrouver, je compte sur elles et leur présence fidèle pour polliniser nos arbres fruitiers. Pourvu qu’elles aient survécu à l’hiver, aux prédateurs et aux insecticides.

Chaque jour.
Qu’elles nous inspirent, les abeilles, et nous enseignent à travailler courageusement, patiemment, à notre mesure, sans nous soucier de ces si petites doses qui, accumulées, donneront de beaux résultats !
Qu’elles nous apprennent à collaborer dans nos ruches respectives que sont nos maisons, nos lieux de travail, nos Églises !
Seuls, nous roulerons nos petites boules de pollen, tristement, sans beaucoup d’espoir de récolter suffisamment pour un tout petit pot de miel…
Mais, ensemble, les amis, on va y arriver.
C’est promis.

Yvette Vanescote
Mars 2020