Dernière modification par Johan - 2020-10-28 10:57:51

GUÉRIR ?

Shoah.
6 000 000 de juifs assassinés, tout le monde le sait sauf les révisionnistes, que la vérité les éblouisse !
Rescapés qui se taisent, qui enkystent leur douleur pendant toute leur vie, qui cachent leur calvaire à leurs enfants et petits-enfants.
Rescapés honteux d’avoir survécu à la destruction totale.
Rescapés se sentant coupables de la mort de leurs compagnons/compagnes d’infortune, au point de se suicider.
Guérir ?

Cambodge.
Génocide.
Horreur parmi les horreurs, laminage de toute une population.
Et, comble de l’horreur : un des artisans de ces massacres vient seulement de mourir.
Pas de justice !
Guérir ?

Rwanda.
Comment vivre encore, après avoir assisté à l’assassinat de sa mère médecin par des voisins qu’elle a soignés ?
Comment, adolescent, vivre avec le souvenir d’une course éperdue pour sauver sa peau ?
Comment, jeune fille, ne pas revivre la longue marche vers le salut, avec une maman mourant en chemin ?
Guérir ?

Accident.
Une route au Kenya, chemin vers un séjour à la mer et c’est l’impact tragique.
Le compagnon aimé, attendu, avec lequel on faisait de merveilleux projets vous manque à jamais. Déchirure. Vide.
Guérir ?

Maladie.
Fichu crabe qui vous mange de l’intérieur. Traitement sur lequel on fonde des espoirs et que soudain il faut changer car la sale bête se réveille.
Lutte, faiblesse, examens médicaux, attente des résultats, tension, anxiété, peur.
Cruauté de la maladie et du corps qui fait faux bond.
Guérir ?

Vieillesse ;
Solitude, handicap, périmètre qui rétrécit, forces qui diminuent, mépris et incompréhension de ceux qui bousculent la lenteur du grand âge.
Abandon, mémoire qui fout le camp, vie sans autre horizon qu’une mort lente dans un home sans beaucoup d’imagination. Guérir ?

Oui, comment guérir quand on vit ou qu’on a vécu des choses terribles, définitives, blessures profondes au corps et à l’âme ?
Et pourtant, avec l’aide du temps consolateur, doucement vient la résilience, la sérénité à défaut du bonheur perdu.
Avec l’amour et la prévenance des proches, famille et amis, s’ouvrent de nouvelles perspectives, de nouveaux rapports, où le mot espoir signifie encore quelque chose, même si les situations ont semblé désespérées à tout jamais.
Lumière très lointaine au bout du tunnel : paix du cœur, à défaut de pouvoir rétablir une situation à jamais disparue…
Guérir…

Une main tendue et solide, qui aide à franchir le gué, des bras porteurs, une oreille attentive aux plaintes et aux larmes, un regard plein de tendresse, un cœur aussi grand que le monde, un Maître dont les entrailles sont émues de compassion et qui marche sur tous nos chemins arides, aux pierres aiguisées. Un Maître qui nous relève quand nous trébuchons, quand nos jambes ne nous portent plus, quand nous tombons, écrasés de souffrance.
Avec Lui,
Guérir.

Yvette Vanescote
Novembre 2020