Dernière modification par Johan - 2021-06-04 10:37:17

LES COTONS TIGES

Je suis curieuse : on apprend beaucoup en étant sainement curieux. Mais il me faut parfois du temps pour m’informer de certaines choses d’usage connu et courant. Mal m’en a pris : j’ai raté une information capitale pendant des dizaines d’années et ai pris des risques insensés, au vu de ce que j’ai découvert dernièrement. Oui, je le reconnais, on dit toujours qu’il faut lire les petits caractères avant de signer un contrat, mais dans le cas qui nous occupe, il me semblait pouvoir faire confiance à mon bon sens. Pourquoi, un jour, ai-je lu les petits caractères sur un paquet de cotons tiges ? Y avait-il un temps d’attente pour la douche ou l’évier de la salle de bain ? N’avais-je pas trop envie de commencer la journée et prenais-je tous les prétextes pour glander ? Je ne sais plus. Toujours est-il que je les ai trouvés et lus. Quelle ne furent pas ma surprise et mon horreur rétrospective : comment avais-je pu vivre aussi dangereusement, aussi longtemps ? Je vous laisse juges : « Ne pas introduire dans le conduit auditif ou nasal. » Ah bon ? Il va falloir revenir aux moyens ancestraux : auriculaire pour les oreilles, index pour le reste ? Et voilà, les excès de précautions ont encore frappé : si vous avez utilisé ces fichus cotons tiges et que l’un d’eux se brise net dans votre conduit auditif ou reste planté comme un test PCR dans votre narine, c’est bien de votre faute, il fallait respecter les mises en garde. Le fabricant n’est pour rien dans votre mésaventure.

Et ici, nous n’avons qu’une mise en garde de quelques mots, mais lisez le mode d’emploi de votre voiture (300 pages de saine lecture), à chaque chapitre, vous serez prévenus : conduire est dangereux, surtout faites bien attention en ouvrant le hayon, il peut vous retomber sur le crâne, réglez bien vos rétroviseurs, ils peuvent vous aider à conduire en sécurité. ATTENTION ! Attention si vous osez remplir le réservoir du lave-glace ! J’exagère à peine.

Pareil pour le four électrique de la cuisinière qui peut à chaque instant produire des accidents. A la limite, il vaut mieux ne pas y entrer un plat, vous risqueriez de vous brûler. C’est à peine si on ne va pas dédouaner la plaque en vitro céramique de laisser déborder la soupe quand je tourne le dos pour faire trois choses en même temps ! Pourtant, je suis certaine que c’est sa faute et non la mienne si cela arrive. Si, si, elle m’en veut, j’en suis certaine.

Sommes-nous tombés tellement bas que nous ayons besoin de tels avertissements ? Sommes-nous devenus tellement bêtes ? Ou alors, sommes-nous tellement inconscients des risques inhérents au simple fait de vivre, de travailler, de nous mouvoir, qu’il faille mille avertissements de peur que cet humain maladroit, débile, ignare, mauvais coucheur ne déclenche une action en justice. Rappelez-vous cette brave dame aux USA qui a voulu se fixer les cheveux à la super glu et qui attaquait la firme en justice parce qu’elle n’avait pas assez mis en garde et avait juste prévenu de ne pas mettre sur la peau. Je vous jure. Il est toujours plus facile de rejeter la faute sur les autres que de reconnaître une erreur, une fausse manipulation, une méconnaissance d’un outil, d’un produit. Où en est l’éducation à la responsabilité, à la maison, à l’école ? Où en sont le sens critique et la réflexion ? Où en est l’esprit d’anticipation ? On se lance sans réfléchir ?

On peut sainement repenser à cette sage parole biblique qui conseille, avant de construire une tour, de s’asseoir et de bien faire ses calculs pour éviter qu’elle ne tombe et ne tue quelqu’un se reposant à son pied. Pas question, là de rendre la malheureuse victime responsable de la chute, pas de petits caractères du style : « vous acceptez le risque que cette tour vous tombe sur le crâne si vous vous en approchez ! »

Tous responsables, tous sensés, serait un bon mot d’ordre.

Bon, maintenant, une question demeure : à quoi de bon servent les cotons tiges, alors ?

Yvette Vanescote
Juin 2021