Dernière modification par Johan - 2020-06-01 08:31:10

SI C’ÉTAIT…

Si c’était un texte biblique ?
Je dirais le récit du jardin d’Eden. Le bonheur. Une mission : garder et cultiver le « potager de Dieu ». Trop cool. Pas de « végétation spontanée », comme disent les écolos, qui vivent en appartement sans doute, et ne doivent pas défendre leur pré carré contre des liserons, adorables dans la nature et exécrables dans une plate-bande de framboisiers.
Oui, le jardin d’Eden, lieu de l’innocence, de l’ « avant », lieu perdu à tout jamais, lieu de l’abondance, de paix entre les êtres vivants, sans crainte de prédateurs.
Je sais, c’est un lieu mythique et non géographique, ni historique. C’est aussi un lieu personnel : chacun porte en soi son jardin d’Eden plein de rêves et parfois de regrets.

Si c’était un animal ?
Euh, je dirais un dinosaure.
Disparu de la circulation (tant mieux !) depuis belle lurette pour l’une ou l’autre raison pas toujours très claire. On en est réduit à des hypothèses.
Je vous donne une deuxième chance, c’est un peu tricher, mais je veux vous aider : on pourrait aussi dire une  hirondelle, qui disparait en automne pour rejoindre des lieux favorables pour hiverner et qui revient, messagère d’espoir, nous annoncer le printemps, en « traçant » dans le ciel d’un vol de championne.

Si c’était un légume ?
Le crosne ou l’arroche. Un légume oublié en tout cas. Un de ces végétaux qui demandent du travail de préparation… Ce n’est pas pour rien qu’on les a oubliés : il faut de la patience et du temps pour les préparer et… à l’ère des surgelés, pfffff !

Si c’était un personnage historique ?
Prenons… l’homme de Spy, presque un voisin, qui nous a devancés dans la région, voici 35000 ans. Quel look, ma tante ! A ne pas rencontrer au coin d’un bois.
Ne nous gaussons pas trop de notre ancêtre, après tout. Cher disparu…

Si c’était une île ?
Sans hésiter, l’Atlantide, source de fabulations diverses depuis la Renaissance, lieu mythique qui a inspiré plus d’un auteur célèbre. L’un ou l’autre épisode de terre engloutie par glissement de terrain ou secousse sismique serait-il à l’origine de ce mythe ?
En résumé, une île disparue ou qui n’a jamais existé.

Avez-vous trouvé ?
Je ne vais pas vous donner une réponse toute faite, nous avons le temps de mâchouiller la réflexion.
Nous nous trouvons dans des circonstances inédites, c’est le moins que l’on puisse dire. Confinés, puis relâchés par petits morceaux, sous condition, en liberté surveillée, sans bracelet électronique, mais masqués, gantés et aspergés de gel désinfectant…
On se prend à rêver d’avant. Le temps des avions, des excursions à volonté, des bisous, des consultations médicales à la demande, du lèche-vitrine sans retenue, des barbecues à 25, des réunions autour de la petite table d’une sacristie. Vous rallongerez bien, vous-mêmes, la liste de ce paradis perdu, de ces dinosaures, de ces légumes oubliés, de cet ancêtre disparu, de cette île mythique.
Mais attention, n’oublions pas ce qu’était réellement « avant » : rien que du positif ?
Dites-moi : comment était votre « avant » ? Comment était le mien ? Je médite chaque jour sur le sujet.

J’ai gardé l’hirondelle pour la fin, elle part, mais aussi elle revient.
Espérons que notre retour à nous ne soit pas celui du retour à la situation d’avant, avec ses manques, ses fautes, ses insouciances crasses.
Espérons que nous serons capables d’inventer un monde nouveau, de faire les bons choix, de revenir à l’essentiel.

En attendant, gardons confiance : Dieu nous prend par la main.

Yvette Vanescote
Juin 2020