Dernière modification par Johan - 2015-11-22 14:17:07

1 Co 14 : 1-19, 26-33 ; Ep 5 : 19-20

Introduction

“Chanter, c’est prier deux fois” … ce thème de l’année ne cesse de nous mener de surprise en surprise!
En ce culte de la Réformation, nous avons voulu renouer avec une pratique particulière en vigueur au temps de la Réforme, décidée par certains de nos Réformateurs!
Chanter “A Cappella”, sans le soutien de l‘orgue, n’est pas une bouderie à l’égard de Raymond! .. Ce n’est pas une simple lubie pour ce jour, c’est l’occasion en ce jour de fête “identitaire” de se replacer dans la démarche liturgique des débuts de la Réforme où la préoccupation première des Réformateurs était de rendre aux membres du peuple de Dieu leur vraie place dans la conduite du culte, dans la louange et leur restituer la responsabilité de leur chant.
Vous savez que, de tous temps, toute nouvelle orientation prise passe par une contestation véhémente de ce que l’on rejette et une exagération (le balancier qui était allé trop dans un sens, va automatiquement aller trop dans l’autre direction!!)
Le rejet de l’orgue par Calvin et autres Réformateurs était motivé par le fait que dans la liturgie de l’Église romaine, l’orgue avait été “confisqué” par les clercs, par les “professionnels du chant de la liturgie, se trouvait placé dans le chœur de l’Église, là où se trouvait les officiants, les chantres, les chœurs qui l’utilisaient pour accompagner leur chant. Cet orgue couvrait les paroles des cantiques et empêchait donc les fidèles de comprendre le sens des prières qui étaient chantées. De plus, dans bien des endroits, l’orgue était devenu aussi une forme de standing, une forme extérieure de richesse, tant ces instruments étaient devenus coûteux tant dans leur confection que leur entretien.
On s’extasiait davantage devant les performances de l’instrument plutôt que de se sentir appelé à la prière par les chants et à la communion.

Ainsi donc (mouvement de balancier!) pour marquer la rupture avec cette pratique, rapidement, soit l’orgue a été transféré du chœur dans la nef de l’Église, pour le restituer au peuple des fidèles, soit son usage a été aboli pour redonner toute sa place au chant de l’assemblée.

Le chant biblique dans sa propre langue pour comprendre ce que l’on chante

Les chants utilisés lors des cultes réformés étaient essentiellement des chants bibliques, principalement des psaumes, mais également d’autres textes bibliques tels que “le Magnificat” ou “le Cantique de Siméon”, “le Cantique de Zacharie”, etc .. Dans la tradition luthérienne, des chants spécifiques à certaines fêtes liturgiques pour insister sur la vie et le ministère du Christ (Noël, Pâques), ou propres à certains moments du culte ont également été proposés, telle la confession de foi que nous avons lue tout à l’heure, mais qui est originellement un cantique, ou encore le chant “C’est un rempart que notre Dieu”, paraphrase par M. Luther du Ps 46.

Ces chants, essentiellement bibliques à l’origine de la Réforme, avaient été traduits en langues populaires et avaient pour but d’instruire les fidèles de la saine et juste doctrine de Dieu.
En partageant le fondement commun, les fidèles étaient ainsi assurés de préserver l’orthodoxie de la foi et d’apprendre à connaître les textes bibliques plus profondément.

L’appel à l’intelligence de la foi était devenu une priorité!

Les cantiques devenaient ainsi aussi moyen de catéchèse!!
Apprendre les cantiques bibliques par cœur permettait de les fixer dans la conscience et d’enraciner leur signification tant dans les cœurs que dans les esprits.

(… lors du WE de paroisse, nous vous avions demandé dans le questionnaire du samedi après-midi quel(s) étai(en)t votre/vos cantiques préférés … Et l’on peut gager, à la lecture des réponses reçues, que beaucoup d’entre eux étaient des cantiques appris dans l’enfance, ou au moment d’une expérience spirituelle intense: les réponses étaient bien variées mais des constantes apparaissaient … “A toi la gloire” …
et si l’on refaisait le même exercice ce matin, je crois que – par delà la diversité des titres que vous mentionneriez – nous retrouverions cette constante de chant appris, soit dans l’enfance et l’adolescence, soit au moment d’un vécu spirituel fort en communauté ou lors de retraites …)

Les cantiques donc comme moyen de catéchèse, d’instruction: essentiel pour nos Réformateurs … mais tout d’abord pour les auteurs bibliques!
Pour les fidèles, tant ceux du 1er Testament, du Second, que ceux de l’Église, il s’agissait d’apprendre son histoire et surtout de la comprendre, pour que cette compréhension partagée soit source d’édification pour le peuple, pour l’Église!
Les cantiques de bataille que nous retrouvons dans l’Écriture, les cantiques dits “historiques”, c à d qui récapitulent l’histoire des relations entre Dieu et son peuple, étaient chantés et rechantés, enseignés, appris, mémorisés de manière à constituer un fond identitaire, propre aux différentes communautés!
Il y avait certes une dimension affective à tous ces cantiques, mais bien évidemment aussi une dimension d’instruction, d’enseignement, d’édification, de construction du sens d’appartenance à une communauté, non pas pour se replier sur soi, ni même pour se caresser le nombril, mais pour être capable de tenir face à l’épreuve et être capable de rendre compte de son espérance et de sa foi, lors des mises à l’épreuve. Comprendre pour donner du sens et pour se soutenir dans les moments difficiles!

Se réclamant de l’apôtre Paul, Calvin a écrit: “Les chansons spirituelles ne se peuvent bien chanter que de cœur. Or le cœur requiert l’intelligence. Et en cela (…) est la différence entre le chant des hommes et celui des oiseaux. Car une linotte, un rossignol, un papegai chanteront bien: mais ce sera sans entendre. Or le propre don de l’homme est de chanter en sachant ce qu’il dit” (Préface de Jean Calvin à l’édition à Genève des « 50 Psaumes de David » dans la traduction par Clément Marot, en 1543, cité par Bernard REYMOND, Le protestantisme et la Parole, Musicalités de la Parole, Labor et Fides, Genève 2002, p 76 ss)
Chanter en sachant ce que l’on dit! … Vous souvenez-vous des paroles que nous avons chantées .. ou vous êtes vous principalement concentré sur la justesse de la mélodie, puisque nous n’avions plus Raymond et l’orgue pour nous guider?
Chanter et que ce que l’on chante fasse réellement sens!
Allons-nous chanter tout à l’heure le Ps 33 ( ☹ ) “Réjouis-toi peuple fidèle, acclame Dieu à pleine voix. Sa louange est séante et belle” ou ( ☺ ) “Réjouis toi peuple fidèle, acclame Dieu à pleine voix! Sa louange est séante et belle dans la bouche des hommes droits. Sur un air de fête, sonnent les trompettes pour un chant nouveau … ”!!
Être attentif à ce que l’on chante, chaque dimanche évidemment, mais surtout aujourd’hui!!
… et sans orgue … il n’est pas possible de se cacher! Il faut chanter en étant au fait du contenu des paroles, … car c’est le contenu qui édifie et fait grandir …

I Cor 14: L’édification comme priorité de l’exercice des dons!

Voilà ce que Paul rappelait à la bouillonnante communauté de Corinthe!
Corinthe, cette ville qui abritait une communauté multiculturelle, aux composantes sociales plus que variées, toujours en ébullition car s’y côtoyaient des représentants de spiritualités bien différentes … Corinthe, la communauté où les dons spirituels multiples et divers avaient tendance à créer des tensions et des difficultés entre ceux qui se revendiquaient plus spirituels et donc supérieurs et ceux qui avaient reçus des dons spirituels moins spectaculaires mais tout aussi nécessaires et utiles …
Voilà pourquoi Paul ressent la nécessité de recadrer et de recentrer toutes ces richesses et dons sur l’unique nécessaire: l’édification de la communauté, comme corps du Christ.
Entre ceux qui détenaient des dons plus spectaculaires comme le parler en langues et ceux qui apparaissaient moins forts en la foi, parce qu’ils prophétisaient, Paul fait le choix des prophètes en expliquant l’important est d’édifier la communauté, de la faire grandir dans la foi au Christ Seigneur et Sauveur!
Il faut comprendre ce qui est chanté, prié pour que la communauté et chacun de ses membres en tire du bénéfice et grandisse dans la foi et la communion:
Cherchez donc avant tout à recevoir l'amour. Désirez aussi les dons spirituels, surtout celui de transmettre les messages reçus de Dieu.
2 Celui qui parle en des langues inconnues ne parle pas aux hommes mais à Dieu, car personne ne le comprend. Par la puissance de l'Esprit, il exprime des vérités mystérieuses. 3 Mais celui qui transmet des messages divins parle aux autres pour les faire progresser dans la foi, pour les encourager et pour les consoler. 4 Celui qui parle en des langues inconnues est seul à en tirer profit, tandis que celui qui transmet des messages divins en fait profiter l'Église entière.
5 Je veux bien que vous parliez tous en des langues inconnues, mais je désire encore plus que vous puissiez transmettre des messages divins. En effet, celui qui donne de tels messages est plus utile que celui qui parle en des langues inconnues, à moins que quelqu'un ne soit capable d'expliquer ce qu'il dit afin que l'Église entière en profite.
(I Cor 14 : 1-5) …
.. Ainsi, puisque vous désirez avec ardeur les dons de l'Esprit, cherchez à être riches surtout de ceux qui font progresser l'Église.
13 Par conséquent, celui qui parle en des langues inconnues doit demander à Dieu le don d'interpréter ces langues. 14 Car si je prie dans de telles langues, mon esprit est bien en prière, mais mon intelligence demeure inactive. 15 Que vais-je donc faire ? Je prierai avec mon esprit, mais je prierai aussi avec mon intelligence ; je chanterai avec mon esprit, mais je chanterai aussi avec mon intelligence. (I Cor 14 : 13-15)
Le cantique a bien pour mission d’instruire, et d’amener à la réflexion. (il n’est pas juste une pause entre les parlotes de l’officiant !!!)
Ce faisant, il conduit à l’action de grâce pour ce qui a été donné. C’est ce que dit le verset suivant : « En effet, si tu remercies Dieu uniquement en esprit, comment celui qui est un simple auditeur dans l'assemblée pourra-t-il répondre « Amen » à ta prière de reconnaissance ? Il ne sait vraiment pas ce que tu dis. 17 Même si ta prière de reconnaissance est très belle, l'autre n'en tire aucun profit. » (I Cor 14 : 16).
L’intelligibilité de ce qui est partagé permet l’édification commune.
Nous ne chantons pas que pour nous et pour Dieu ; ce que nous chantons est message et témoignage pour tout un chacun. Quand au début de l’année, Débora est venue chanter « Trouver dans ma vie ta présence », son cantique a été spontanément rejoint par bien des membres de l’assemblée et elle a expliqué quelle avait été la valeur de ce chant pour elle pendant les épreuves qu’elle avait traversées quelques semaines auparavant …
Chanter avec l’intelligence de la foi, pour l’édification communautaire.
(Cela n’exclut pas la pertinence des chants en langues étrangères : ceci permet à celui qui chante dans une autre langue d’expliquer le sens des paroles de son cantique, et à quelle occasion on le chante. … ouverture alors sur la richesse de la spiritualité d’un autre groupe, d’une autre église) ...

En guise de sortie ….

Nous voici invités en ce jour de fête de la Réformation à poser sur nos cantiques un regard différent : non pas les voir comme un simple interlude entre deux prières, comme le moment qui nous permet de nous mettre debout et « enfin être actifs dans le culte », mais bien les regarder comme un trésor de foi, comme la trace du message de grâce que Dieu nous adresse depuis le commencement de l’Alliance, comme la marque du combat que nos aînés ont mené pour rester fidèles à leur foi, comme la source où puiser intelligemment pour nourrir notre propre cheminement, comme le lieu où nous nous mobilisons pour donner du sens, pour confesser notre espérance, trouver de la force et transmettre un encouragement, …
Bref, découvrir dans tous ces cantiques le lieu où nous sommes pleinement acteurs du culte que nous rendons à notre Dieu, et par lequel, en Jésus-Christ, il nous bénit les uns par les autres.

Amen !

Pasteur Isabelle Detavernier
Le 1er novembre 2015