Dernière modification par Johan - 2015-12-28 09:21:24

I Samuel 1 : 19b-28 ; I Jean 3 : 1-2, 21-24 ; Luc 2 : 41-52

Introduction

Nous voici au 1er dimanche après Noël …
Le “surlendemain de l’avant-veille” … nous digérons les événements divers et multiples de ce temps de l’Avent et de Noël … nous digérons les différentes expériences que nous avons faites spirituellement, relationnellement en ces semaines d’Avent et de Noël, nous posons un regard rétrospectif sur notre année, nous nous posons … dans la perspective d’une autre fête, profane celle-là, le passage de l’An Neuf.
….. et nous voilà propulsés, par le choix des lectures du calendrier liturgique, dans un épisode biblique qui se déroule pendant le temps pascal … Il est vrai que Noël et Pâques sont intimement liés … les enfants nous l’ont déjà expliqué la semaine dernière lors de la fête de Noël …
Dans le texte de l’Évangile de Luc, nous venons de franchir, en l’espace de deux versets, 12 années de la vie de l’enfant Jésus !
Nous retrouvons Marie, Joseph et Jésus, de nouveau à Jérusalem, en train d’accomplir le pèlerinage de la Pâque à Jérusalem, “selon la tradition”.
Tous les petits détails du texte de Luc nous expriment la fidélité de Marie et Joseph aux coutumes et traditions de la foi juive.
Il y avait eu sa circoncision lorsqu’il avait 8 jours, puis lors de sa présentation au Temple, le sacrifice requis des colombes, et à cette occasion la rencontre avec Syméon et Anne; Puis fidèlement tous les ans, la montée à Jérusalem, depuis Nazareth, pour effectuer le pèlerinage de la Pâque qui est attendu de tout bon croyant. (C’est d’ailleurs aussi ce que faisaient aussi Elqana et ses femmes, Penina et Anne, quand ils montaient à Silo, le sanctuaire de l’époque, pour offrir chaque année, leur sacrifice - I Sam 1: 21)
Et maintenant que Jésus a 12 ans, il est en âge de devenir “bar mitsva”, “fils du commandement” .. il est sur le point d’entrer dans l’âge adulte selon la tradition juive.
.. et les voilà en famille à Jérusalem, pour le pèlerinage, dans cette lignée de tradition qui se transmet de génération en génération … comme les enfants nous le disaient aussi la semaine dernière dans leurs saynètes de la fête de Noël. La foi trouve un terreau favorable pour grandir quand des repères sont offerts depuis le plus jeune âge par les aînés ….
Mais lorsque Marie et Joseph repartent pour Nazareth, Jésus ne les a pas suivis …. Il est resté auprès des docteurs de la Loi pour écouter, débattre, discuter, questionner.
Luc nous décrit ensuite l’inquiétude des parents et leur quête avant de le retrouver dans le Temple au 3e jour.

3 jours de recherche …

3 jours de recherche … 3 jours: une mention qui est loin d’être anodine dans la Bible! Chaque fois qu’il est fait mention de 3 jours dans les textes bibliques, c’est qu’il est question d’un délai accordé au croyant pour rencontrer son Dieu – c’est l’espace temps accordé pour chercher Dieu … et le trouver.

a) Dans le premier Testament, pensons aux 3 jours de ténèbres qui régnèrent sur l’Égypte au moment de la 9è des 10 plaies d’Égypte au cours du bras de fer qui opposa Pharaon et Dieu: le texte d’Exode 10: 22 précise que les égyptiens étaient dans les ténèbres alors que les Hébreux avaient de la lumière …. “L’éternel dit à Moïse: Étends ta main vers le ciel et qu’il y ait des ténèbres sur le pays d’Égypte, des ténèbres palpables. Moïse étendit sa main vers le ciel; et il y eut d’épaisses ténèbres dans tout le pays d’Égypte pendant 3 jours. On ne se voyait pas l’un l’autre, et personne ne se leva de sa place pendant 3 jours. Mais tous les Israëlites avaient de la lumière là où ils habitaient”
C’est au bout de ces 3 jours de ténèbres que Pharaon accepte de laisser aller Moïse avec son peuple …. Avant de se rétracter finalement.

b) Pensons ensuite aux 3 jours que Jonas passa dans le ventre du gros poisson et pendant lesquels il pria son Dieu et fit cette rencontre décisive qui le décida à aller à Ninive (Relisez pour vous ce magnifique psaume de Jonas en Jonas 2 – il est l’expression d’une profonde expérience spirituelle de détresse et de délivrance en Dieu )- Jésus fit référence à ce séjour de Jonas dans le poisson qd il parla de sa mort et de sa résurrection.

c) Dans le livre des Actes maintenant, pensons encore aux 3 jours pendant lesquels Saul de Tarse est resté aveugle après sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas: 3 jours de cécité visuelle, physique, pour donner à Saul l’occasion de développer le regard de l’intériorité, de l’intimité avec Dieu, donner l’occasion d’expérimenter une proximité avec Dieu et de se faire à cette nouvelle dimension de sa vie.
(J’ai reçu au début de ce temps de l’Avent ce petit carnet qui propose une activité, une démarche ou une expérience particulière à faire chaque jour pendant le pèlerinage qu’est l’Avent; et au 17è jour de l’Avent, il nous est proposé d’éteindre les lumières, de nous asseoir quelques minutes dans le noir et d’observer nos réactions …. Très singulière expérience que ce noir qui nous enveloppe et nous permet d’expérimenter une autre forme de présence à soi- même et à Dieu … ) Peut-être est-ce un peu ce que Saul a expérimenté avant de devenir l’homme nouveau que Dieu le destinait à être – ce témoin pour apporter la lumière de l’Évangile aux nations.

d) Et pensons bien évidemment aux 3 jours de la semaine sainte, entre la mort et la résurrection du Christ…. Conformément aux Écritures … Trois jours pendant lesquels Dieu nous préparait le don de la Vie nouvelle que plus rien ne peut détruire …

3 jours, donc, de quête pour Marie et Joseph avant de retrouver Jésus avec les docteurs de la loi dans le Temple, qui était considéré à l’époque comme le lieu de la présence de Dieu. Or, l’Évangéliste nous apprendra par la suite que Jésus va parler de son corps comme du Temple de Dieu, le lieu où nous pourrons désormais le rencontrer. 3 jours à s’interroger, à s’inquiéter, à se ronger les sangs, à se culpabiliser peut-être.... comme parents, n’auraient-ils pas dû mieux surveiller leur enfant, plus le garder sous bonne garde … ? Sempiternelles questions que les parents se posent par rapport à l’éducation qu’ils veulent donner à leurs enfants: jusqu’où/ jusque quand contrôler et à partir d’où, à partir de quand lâcher la bride à l’enfant pour lui permettre de faire son chemin lui-même, de se construire lui-même, de faire lui-même les expériences qui le mèneront à l’autonomie ….
3 jours, finalement, de préparation intérieure pour pouvoir recevoir ce message de Jésus : “Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas que je dois me préoccuper des affaires de mon père” (littéralement “être dans les “choses” de mon père”)
Message qui, d’ailleurs, n’est pas reçu de suite, “Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait” nous confie Luc.
Il est indispensable de prendre du recul, de laisser les émotions retomber pour être capable d’analyser, de comprendre et d’être instruit par ce qui vient de se passer… Prendre le temps de la digestion pour être nourri de ce qui a été donné à vivre. Prendre distance et laisser les événements descendre en soi …

“Et Marie conservait toutes ces choses en son cœur”

Ensuite ils repartent pour Nazareth tous ensemble, et – précise Luc- “il leur obéissait”.
Les choses reprennent leur cours normal, il s’agit d’une vie où chacun reprend son rôle, mais manifestement plus dans le même état d’esprit: quelque chose s’est passé pour chacun d’eux! Jésus a vécu l’enseignement dans la maison de son Père, Marie et Joseph ont effectué leur pèlerinage et offert leur sacrifice mais ont été bouleversés par leur quête de 3 jours à la recherche de leur fils …. … Et Luc de mentionner “Et Marie conservait toutes ces choses en son cœur” (Luc 2: 51) (Cela vous rappelle-t-il quelque chose? )
C’est la même phrase que lors de la visite des bergers à l’étable: “Marie conservait toutes ces choses et les repassait en son cœur” (v 19) Le verbe utilisé “diatèreô” signifie “conserver avec soin jusqu’au bout, maintenir fidèlement” … pour Marie, cela signifie ne pas perdre la trace de ce qui vient de se passer; rester connectée aux événements qui viennent d’intervenir dans sa vie et leur permettre d’effectuer progressivement leur mûrissement dans son cœur et son esprit. Laisser le temps aux paroles de descendre et de prendre racine dans son être, pour qu’elles portent du fruit en temps et en heure.

Et pour nous ?

En ce dernier dimanche de l’année civile, ce texte de l’Évangile nous ramène bien évidemment à notre propre expérience et veut nous toucher pour nous permettre nous aussi de cheminer et de progresser dans notre foi.
En ce dimanche d’après Noël, nous sommes invités à nous poser pour faire le bilan de notre temps de l’Avent, mais aussi de toute notre année: comment avons-nous vécu l’année écoulée et ce temps de l’attente du Seigneur ?
Comment avons-nous traversé cette année bousculée par les attentats terroristes, marquée par les bras de fers entre les acteurs économiques et politiques, marquée aussi par les mobilisations citoyennes en faveur des réfugiés, des populations déplacées et de la préoccupation écologique ?
Comment nous sommes-nous engagés pour notre part dans tous ces défis qui nous interpellent et ne nous laissent pas en paix ?
Nous sommes-nous laissé envahir par des vagues d’émotion …
Nous sommes nous laissé le temps de la prise de distance, de l’analyse, de la réflexion …
Nos impatiences, nos inquiétudes, nos engagements nous ont-il laissé de l’espace pour que Dieu vienne véritablement nous visiter, nous rencontrer, comme tous ces témoins bibliques qui pendant ces “3 jours” symboliques ont eu l’occasion de rencontrer Dieu et de se laisser transformer par la rencontre ?

Avons-nous eu l’occasion comme Marie de “conserver toutes ces choses dans notre cœur” ?
Avons-nous pris le temps de laisser grandir en nous l’émerveillement pour tout le beau et le bon qui ont aussi été donnés à vivre et à recevoir, dans les difficultés que nous avons rencontrées cette année? Avons-nous pris le temps de la reconnaissance pour tout ce qui a grandi en nous au travers des épreuves personnelles, familiales, communautaires et sociétales que nous avons traversées ?

Voilà une série de questions que nous pose l’Évangile de ce jour. Elles nous sont laissées à chacun…
Il est question ici encore de lâcher prise, de renoncer à maîtriser; il est question d’oser prendre le temps de laisser Dieu agir en nos vies.
Il est question d’accepter de ne pas tout comprendre, tout de suite, mais de laisser à Dieu le temps de nos mûrissements.
Il est question de se laisser rencontrer par Dieu pour que puisse se transformer une vie étriquée en vie ouverte et épanouie.

Quand Jésus répond à ses parents qu’il lui faut être “dans les affaires de son père”, il veut dire que c’est dans l’incarnation – même, dans la rencontre avec l’autre, dans le don de lui-même envers chacun de nous qu’il sera vraiment Fils de Dieu.
Voilà la route qu’il nous invite à suivre, avec lui à nos côtés.
“Voyez quel amour le Père nous a donné, puisque nous sommes appelés enfants de Dieu; et nous le sommes” nous déclare Jean.

Que le regard rétrospectif que nous poserons sur l’année 2015 et celui que nous posons sur 2016 puisse être éclairé par cette exclamation de Jean !

“Marie conservait toutes ces choses dans son cœur …..”

Amen

Pasteur Isabelle Detavernier
Le 27 décembre 2015