Dernière modification par Johan - 2016-04-06 19:06:15

Apocalypse 1 : 9-19 ; Jean 20 : 19-31

Il est arrivé quelque chose à la mort quand le Christ l'a rencontrée

Petit quizz pour commencer cette méditation :
- « Comment s’appelle l’émission diffusée sur France 2 qui se déroule dans un Fort en mer, où des équipes de candidats doivent passer des épreuves physiques et de sport cérébral, et répondre aux énigmes du Père Fouras ? » (Réponse : « Fort Boyard »)
- « Comment s’appellent les deux messieurs de petite taille qui doivent guider les candidats dans les méandres des couloirs du fort? » (Réponse : « Passe-partout » et « passe-muraille »)

A lire le texte de l’Évangile de ce matin, on pense un peu à cela quand on nous décrit la manière dont Jésus se donne à voir à ses disciples !
« Au soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que par crainte des juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et il leur dit : « La paix soit avec vous » (Jn 20 : 19) .. Tiens, un « Jésus Passe-Muraille », un « Jésus Passe-partout » qui surgit là où on ne l’attendait pas ….!
La question à 100 sous, comme disait ma grand-mère, « comment a-t-il fait ?  Comment cela se peut-il ? »
« Mauvaise question ! Mal posée !» répondait mon grand-père ….

La question n’est pas tant « comment a-t-il fait ? » que « En vue de quoi le fait-il ? »

«Il vient au milieu d’eux »

Quelle est la situation des disciples ? Le texte nous dit qu’ils se sont barricadés par crainte des juifs … Il est vrai que régulièrement ainsi, depuis le début de son récit, Jean raconte que la pression augmente, que la menace se précise, que l’étau se resserre autour de Jésus et de ses disciples.
« Les Juifs » mention générale pour décrire l’ensemble de ceux qui s’opposent à Jésus, à savoir, surtout les chefs religieux, les pharisiens et les sadducéens.
Le ministère de Jésus, ses miracles, ses discours, l’ascendant qu’il avait sur les foules lui ont attiré de plus en plus d’hostilité jusqu’à ce dénouement cruel, et fatal.
La crainte des disciples est bien compréhensible … ils n’ont pas envie de subir le même sort.
Donc ils se barricadent, verrouillent les portes qui leur donnent d’être en lien avec ceux qui les menacent. Ils s’enferment et restent entre eux.

Mais Jésus ne l’entend pas ainsi : après avoir roulé la pierre du tombeau et l’avoir ouvert, après avoir apaisé Marie et l’avoir envoyée comme messagère auprès des frères, il veut aussi ouvrir ces existences qui se barricadent derrière des portes verrouillées, les apaiser et les envoyer en mission: il vient, il se tient au milieu d’eux et pour leur signifier que leur peur n’a plus lieu d’être comme élément dévastateur et déstructurant, il leur apporte sa paix !
La manière dont l’Évangéliste raconte cette venue de Jésus parmi ses disciples au soir de la résurrection résonne en écho à son prologue où il nous explique que la Parole est venue dans le monde mais que le monde ne l’a pas accueilli « Il est venu dans son propre bien et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jn 1 : 11). Jean encadre son évangile de ces mouvements de Dieu vers l’homme. Ici, le Christ est accueilli ….
Ici, il vient et accompagne sa bénédiction du geste où il montre ses mains et son côté.
Et c’est à ce geste de son humanité souffrante que les disciples le reconnaissent.
Eux-mêmes, en plein désarroi, reconnaissent celui qui a souffert.
Il se montre dans toute sa pleine humanité souffrante pour signifier que celui qui vient au milieu d’eux est bien celui qui a souffert mais qui désormais sera avec eux à jamais, et rien ne pourra l’en empêcher: aucun mur, aucune porte, aucun verrou ne pourra désormais empêcher celui qui a traversé cette souffrance et cette mort d’être avec eux pour toujours.

« Jésus les invite à regarder en face ces plaies dont il garde les traces, comme pour ne pas fuir ce passé qui leur a fait si mal, mais le regarder de manière différente. Sa Résurrection n’abolit pas le passé, la croix, la mort : elle les transfigure. » 1

Jésus offre sa présence pour signifier que désormais plus une souffrance, plus une solitude face à l’épreuve, plus un sentiment d’abandon ne sera désormais vécu de la même manière : il a rencontré, vécu, souffert ces mêmes réalités, il les a subies jusqu’au plus profond de leur horreur et les a vaincues.

Il y a quelques années, en préparant les funérailles de mon oncle décédé subitement, j’ai découvert cette citation anonyme qui disait « Il est arrivé quelque chose à la mort quand le Christ l’a rencontrée ». Et depuis, cette phrase ne m’a plus quittée : « Il est arrivé quelque chose à la mort, quand le Christ l’a rencontrée »
La voici dépouillée de son pouvoir destructeur, de sa puissance dévastatrice, de ce qui la rendait forte.
Comme si lors de cette rencontre, c’est la mort qui s’était trouvée la plus surprise d’être face à Celui qui est Amour et qui ne se laisserait pas entrainer dans la disparition qu’elle pensait lui imposer.
Et dans cette rencontre, elle s’est retrouvée dépouillée, dépossédée, mise à terre et à nu.
Face à celui qui pardonne à ses ennemis, (qui replace chacun face à lui-même), elle a perdu la guerre.
Certes elle continue à gagner des batailles (et au matin du 22 mars, ici à Zaventem et à Maelbeek, elle en a encore gagné une partiellement), mais la guerre est belle et bien perdue car la force qui l’a terrassée en cette nuit de Pâques est toujours agissante aujourd’hui.

Comment ? Par cet Esprit que Jésus souffle sur ses disciples après leur avoir dit une seconde fois que la « paix est avec eux » et qu’il les envoie à leur tour comme ambassadeurs de cette Vie qui triomphe des tombeaux, des portes, des verrous.
Cet Esprit qui nous ramène au livre de la Genèse et au récit de la création où Dieu souffle son haleine de Vie en l’humain qu’il vient de modeler de la boue du sol.
Ici, le Christ recrée ses disciples, il les reconfigure, comme on dit en langage informatique, pour une nouvelle mission : ils sont renouvelés pour être porteurs de cette nouvelle identité d’enfants de Dieu.
Le matin de ce même jour, en confiant sa mission à Marie, Jésus avait dit « Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu ».
(Voici une nouveauté dans la manière dont Jésus parle de ses relations avec les disciples : jusqu’ici, il parlait de Dieu comme de « SON » Père, à présent il parle de Dieu comme le Père des disciples aussi, qu’il appelle désormais ses frères. Cette formule d’adoption évoque la Nouvelle Alliance à laquelle les disciples participent désormais, puisque Jésus est entré dans la Gloire de son Père. )
Les disciples sont reconfigurés, recréés par la Nouvelle Alliance acquise par la Victoire du Christ sur la Mort.
Désormais, ils sont marqués par cette nouvelle identité d’enfants de Dieu qui les rend capables de triompher aussi des enfermements et de tous les verrous qui prétendraient nous tenir à l’écart de ce qui fait la vie. Comme Christ est désormais présent au cœur de ces réalités que sont l’épreuve, la difficulté, la faiblesse, le péché, la détresse et le découragement, désormais ces réalités sont mises en échec.
Elles sont toujours bien là, présentes, tentant de continuer à faire leur office de mort mais elles sont dorénavant désamorcées et ne pourront plus détruire à jamais.
La transformation est en marche et désormais plus rien ne pourra l’arrêter! « Il est arrivé quelque chose à la mort, quand le Christ l’a rencontrée » … Plus rien ne sera jamais comme avant …

Apocalypse …
Quand le Jean de l’Apocalypse s’adresse à ses lecteurs, lui qui a été exilé sur l’île de Patmos justement en raison de son engagement pour l’Évangile, (« Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans l’épreuve, la royauté et la persévérance en Jésus » v 9) sa parole est une parole d’espérance dans la détresse : au plus fort des persécutions, il se fait auprès des chrétiens qui sont persécutés, le porte-parole de Celui qui lui dit : « Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier, et le Vivant ; je fus mort et voici, je suis vivant pour les siècles des siècles, et je tiens les clés de la mort et du Royaume des morts » (Hadès) La Parole victorieuse est en marche …

Elle nous a rejoints ce matin : nous aussi nous avons entendu résonner sur nos vies cette proclamation « La paix soit avec vous », nous sommes aussi les témoins des blessures du Christ.
A nous aussi, il nous montre ses blessures quand il est mutilé dans les explosions de Malbeek ou de Zaventem, à nous aussi il nous montre ses blessures quand il est déchiqueté dans une plaine de jeux à Lahore au Pakistan, à nous aussi il nous montre ses blessures quand il s’abîme sur les rochers des îles de Méditerranée, car il est là, souffrant, abandonné dans la douleur, épuisé de n’être pas secouru à temps, …
Mais il est là aussi dans le ministère d’un Mgr Oscar Roméro, archevêque salvadorien assassiné en pleine messe pour ses dénonciations des dérives et exactions du gouvernement du Salvador, il est là aussi dans le courage d’un Dietrich Bonhoeffer, pasteur allemand pendu en 1945 par les Nazis pour son complot contre Hitler, il est là dans un ML King dont on célèbrera demain l’anniversaire de la mort, il est là dans un Floribert Chebeya, président de l’ONG « La voix des sans voix », une ONG de défense des droits humains au Congo, assassiné pour sa dénonciation des malversations du pouvoir, …
Mais il est toujours là aujourd’hui dans un Docteur Denis Mukwege, qui fait reculer la mort en réparant les femmes victimes de violences sexuelles, il est là aussi dans un Père Michael Lapsley qui après l’attentat qui l’a laissé mutilé et handicapé à vie travaille à la guérison des mémoires de tous ceux qui sont victimes de conflits, il est là dans une Malala qui, au Pakistan, survit à un attentat perpétré par les talibans parce qu’elle milite pour le droits des filles à l’instruction qu’ils interdisent, et qui parcourt le monde pour éveiller les consciences, il est là dans une Nadia Mourad, cette jeune fille yézidie enlevée, violée et torturée par des soldats de Daesh en Irak qui, s’étant échappée, vient témoigner devant les Nations-Unies et mobiliser la communauté internat-- Pasteur Isabelle Detavernierionale,
Il est là dans tous les anonymes qui au jour le jour font reculer la mort au péril de leur vie et témoignent de leur foi.
Il est là quand nous sommes, nous aussi, capables de faire reculer la détresse, redonner confiance et espérance à ceux qui sont à terre, parce que sur nous aussi, il a soufflé son Esprit !

Oui, la Parole est victorieuse, elle est en marche, elle a ouvert le tombeau au matin de Pâques, elle a franchi les murs et les portes des peurs où les disciples se terraient, ce matin, elle franchit les portes de nos vies et nous dit de sortir pour porter plus loin cette Parole qui recrée et qui redonne du goût à la Vie : « Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier, et le Vivant ; je fus mort et voici, je suis vivant pour les siècles des siècles, et je tiens les clés de la mort et du Royaume des morts ». Il a les clés qui nous font vivre, il nous ouvre les portes, suivons-le partout où il veut nous faire aller ; il a soufflé sur nous son Esprit. « La Paix est avec nous »
Amen.

Pasteur Isabelle Detavernier
Le 3 avril 2016