Dernière modification par Johan - 2016-12-08 23:27:42

Esaïe 11 : 1-10 ; Romain 15 : 4-9 ; Matthieu 3 : 1-12

Ensemble partons à l'Avent-ure !

La semaine dernière, nous abordions l’entrée dans le temps de l’Avent avec cette question du sens de l’attente que nous avons à vivre. Christ est venu parmi nous il y a 2000 ans, il nous a promis son retour, et les textes que nous lisons pendant ces dimanches de l’Avent sont le rappel vigoureux de cette promesse qu’il reviendra accomplir en plénitude ce qu’il a donné à vivre.
Ainsi, la semaine dernière, Paul nous encourageait à vivre ce temps, notre temps, positivement, avec espérance car, disait-il, « aujourd’hui, le salut est plus proche que le jour où nous avons cru » : il nous disait que le temps n’est donc pas un éternel recommencement mais que, avec Dieu, l’histoire avance irrésistiblement !
Le temps progresse, avance, s’amplifie, et s’approfondit selon ce que nous y investissons.
L’histoire a un sens, autant une direction qu’une signification pour chacun d’entre nous, si nous y consentons … Si nous désirons y prendre notre place pour être en phase avec ce que le Christ demande de nous : Paul commençait son verset par cet appel : « D’autant que vous savez en quel temps nous sommes : voici l’heure de sortir de votre sommeil »
Paul exhortait à l’attente active : il s’agit de prendre au sérieux les temps que nous vivons pour les habiter à la manière du Christ. Et chaque journée qui s’ouvre devant nous est l’occasion de se rapprocher toujours plus de Celui qui est venu et revient pour nous sauver.
L’attente prend sa saveur et sa signification selon ce que nous sommes prêts à y vivre…
En rentrant du culte dimanche dernier, j’ai découvert le mail d’une dame qui vit en Allemagne ; c’est la fille d’une fidèle paroissienne du Botanique aujourd’hui en maison de repos : dans ce mail, cette dame me souhaitait, nous souhaitait une bonne entrée dans l’Avent et elle m’expliquait qu’elle avait entendu à la radio, le matin même, un message qui, à propos de l’Avent, faisait le lien « sonore » entre le mot allemand pour avent « Advent » et le mot anglais « Adventure » ; elle me disait qu’en français c’était encore plus clair : « Avent » et « Aventure ».
Elle nous souhaitait donc une belle aventure pendant ce temps de l’Avent.
Il est vrai que l’Aventure, c’est partir à la découverte de choses que l’on ne connaît pas, c’est se risquer sur des chemins inconnus, c’est oser s’avancer en terre étrangère avec juste une carte et une boussole pour outils… (La Bible et la prière ?) C’est partir avec au cœur l’espérance, la confiance que l’on va découvrir des merveilles et faire de belles rencontres, mais aussi la conscience qu’il y a une forte probabilité de vivre des moments plus difficiles.
C’est en cela que le message biblique vient nous rejoindre le plus adéquatement : il n’est pas un message désincarné pour une vie éthérée ! Ce ne sont pas juste de belles paroles poétiques décrivant une réalité idyllique .. Si ces paroles ne sont pas en lien avec notre vécu, comment nous toucheront-elles ?
Elles sont l’écho de ce que nous vivons, ressentons, de ce à quoi nous avons à faire face dans le quotidien …
(Souche) Et peut-être notre réalité est-elle à ce point rude, difficile, éprouvante, desséchante que nous nous avons l’impression qu’elle ressemble un peu à cette souche : lourde, tortueuse, noueuse, rugueuse, blessée, amputée … la santé défaillante, les relations insatisfaisantes, les soucis pour les proches (les enfants, les parents, les collègues), les inquiétudes pour l’aujourd’hui et pour demain, les incertitudes liées aux épreuves, ….
C’est dans cette réalité là que Dieu vient nous rencontrer ! C’est pour cette réalité là qu’il est venu !
C’est cette humanité-là qui intéresse Dieu, c’est pour celle-là qu’il est venu : là où je suis boiteuse dans mes relations, là où je suis en difficulté par rapport aux défis qui se posent à moi, là où je suis insatisfaite de ce qui se passe en moi et autour de moi, dans mon cercle privé comme dans la société à laquelle j’appartiens et je participe; c’est dans cette réalité là que le Messie veut naître pour faire advenir, à partir de moi, quelque chose de neuf !
Dans les désordres de ma vie, dans les conflits de mon existence, dans les incohérences de la société où j’interagis, là Dieu vient et agit !

La vision d’Esaïe n’est pas seulement une vision idéalisée d’un monde idyllique, un monde de paix et de bisounours ! C’est la proclamation d’une réalité qui peut advenir quand, chacun pour notre part, nous comprendrons l’inutilité et l’inanité de la concurrence, du conflit, de la convoitise, de l’oppression, de la domination.
Que nous dit Esaïe : ce n’est pas un monde paradisiaque qu’il annonce, mais la description d’une vie possible entre nous quand nous découvrons qu’il est inutile d’être dans la concurrence et la compétition : Esaïe parle d’une maison commune, d’une réalité commune où le loup et l’agneau, le léopard et le chevreau, l’enfant et le cobra ne seront plus en compétition, mais partageront les mêmes lieux, les mêmes possibilités, les mêmes ressources.
Il est question d’une réalité où il n’y a plus de confrontation entre forts et faibles car tous se retrouvent semblablement partie prenante d’un même projet.
Il est question d’une vie commune : habiter ensemble, manger ensemble, agir ensemble et non plus s’affronter, ou se confronter pour dominer.

Cette annonce d’Esaïe apparaît comme du neuf qui surgit de l’ancien, ou plutôt comme ce qui donne vie et fait réellement vivre, là où l’ancien système de concurrence, de domination, d’exploitation blessait, amputait, faisait mourir .. à l’image de cette vieille souche brute et blessante…
Ce n’est donc pas une proposition idéaliste ou utopique, dans le sens d’inaccessible et irréalisable, juste bonne à faire rêver pour mieux supporter le réel, comme de l’opium qui endort et permet d’échapper à la réalité….
Une rameau bien vivant et résistant témoigne que là se trouve la voie pour vivre le Royaume que Dieu nous destine. Le Christ est venu vivre cette réalité-là parmi nous ! Il ne nous a pas fait nous évader dans des rêves irréalistes.
Il nous a montré la voie à suivre.
Il nous invite donc à vivre cette aventure avec lui, et les uns avec les autres, tous ensemble concernés !
Le rameau est bien vivant et vigoureux ! De la mort de la souche naît ce rameau, signe et attestation que Dieu ne nous fait pas vivre dans l’utopie mais que cela est possible : de par le monde, bien des groupes de citoyens ont mis sur pied des projets qui réussissent et démontrent qu’un autre système est possible (cfr le film « demain »), bien des croyants se sont attelés à démontrer que l’amour et le pardon vécus authentiquement pouvaient ressusciter des vies dévastées par la haine et la violence (Père Michael Lapley, Rais Bhuyian, ce musulman qui s’est investi pour éviter l’exécution de l’américain blanc qui lui avait tiré dessus et avait tué aussi 2 autres personnes, etc.)
Il n’est pas utopique de croire que d’une souche apparemment morte un rameau peut surgir et grandir et donner vie à un nouvel arbre…De la mort Dieu peut faire surgir la vie : nous en sommes tous témoins … alors pourquoi pas de nos vies aussi ? Pourquoi ne pas profiter de ce temps de l’Avent pour vivre cette aventure, avec le Christ et les uns avec les autres ?

Paul dans le passage de l’épître aux Romains de ce matin nous encourage à vivre ensemble cette aventure : « Toutes les paroles consignées jadis dans l’Ecriture ont été notées pour nous instruire. (Esaïe ne disait-il d’ailleurs pas « qu’il ne se fera aucun mal, ni destruction sur la montagne sainte car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur » v 9 ?) C’est Dieu qui est la source du courage et de la patience, c’est lui qui nous console.
Qu’il nous accorde, les uns envers les autres, ces sentiments de chaude sympathie qui étaient en Jésus, afin que vous viviez ensemble dans une parfaite harmonie, comme le veut Jésus-Christ. Alors, vous pourrez tous ensemble, d’un commun accord, unir vos voix en un chœur de louange et chanter comme d’une seule bouche, la gloire de Dieu, le Père de notre Seigneur JC
(Traduction Parole Vivante )
C’est donc bien une fameuse aventure …que d’accepter de tenter ensemble de vivre ce programme que Dieu nous propose par la bouche du prophète Esaïe.
Le neuf qui surgit du vieux, pour rendre gloire à Dieu…
Comment découvrir et mettre en œuvre le neuf qui doit surgir du « vieux » de chacune de nos vies, ou de chacun de nos esprits, de nos « bonnes habitudes », de nos traditions, de ce qui nous a porté jusqu’à présent ?
Pas pour le plaisir du neuf pour le neuf mais pour la gloire de Dieu, à savoir pour le rendre plus perceptible, plus visible, plus audible, lui donner une place de plus en plus incontournable au milieu de nous, de nos vies, de notre société ?

… peut-être tout à l’heure, lorsque nous débattrons pour élaborer nos thèses pour 2017 arriverons-nous à concrétiser, ici, en communauté, quelques pistes qui donneront à voir que la vision d’Esaïe est bien réalité.

Le Christ est présent à nos côtés dans cette aventure de l’Avent.
Après la 1ère bougie (« Sola Gratia ») qui nous rappelle que nous sommes sauvés par grâce, la 2è bougie (« Solus Christus ») nous rappelle que le Christ Seul nous guide sur ce chemin.

Amen.

Pasteur Isabelle Detavernier
Le 4 décembre 2016