Dernière modification par Johan - 2017-10-25 20:13:56

Ésaïe 45 : 1-6 ; I Thessalonicien 1 : 1-5 ; Matthieu 22 : 15-21

Rendre à César et à Dieu

La tension monte !
Dans l’évangile de Mt, nous retrouvons Jésus dans le Temple avec ses disciples ! Nous sommes dans la dernière semaine de sa vie terrestre : Jésus est entré à Jérusalem dans la liesse populaire de ce nous appellerons le dimanche des Rameaux, il a chassé les marchands du Temple, et le voici en pleine controverse avec ses adversaires ! Il les interpelle par un enseignement qui va de plus en plus profondément dans les retranchements des cœurs et des esprits.
Au cours des 3 derniers dimanche, nous avons entendu et médité 3 paraboles, dont le point commun était le refus de recevoir le Royaume offert ; la parabole des 2 fils, celle des vignerons meurtriers, et celle de l’invitation au festin de noces - clairement, les chefs religieux étaient visés par ces mises en situation.
Et voici donc leur riposte : essayer de tendre un piège à ce Jésus pour le prendre en défaut et pouvoir provoquer sa perte.
C’est le texte entendu ce matin : la question de l’impôt à César.
Et la réponse de Jésus - devenue célèbre - est même passée dans le langage courant pour exprimer la question de la loyauté, de la fidélité à un maître : « Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Autrement dit, ne pas mélanger les torchons et les serviettes ! Bien identifier les allégeances et être cohérents

Souvenons-nous ! Nous sommes proches du dénouement : le Christ est à la veille de sa passion et il importe pour lui de mener ses disciples sur l’exigent chemin de la décision personnelle : qui sont-ils prêts à suivre ? Que sont-ils prêts à rendre à Dieu ?
C’est une interpellation face à l’urgence qui résonne ici !
Il n’est plus temps de tergiverser !
Mais Jésus ne va pas pour autant tendre un piège en retour à ses adversaires ! Il va les confronter avec la réalité de leur vie, dans ses dimensions socio-politique et spirituelle. Car j’affirme qu’il n’est possible de séparer ces différents aspects de notre vie. Nos valeurs spirituelles, nos convictions religieuses marquent notre existence, inspirent notre façon d’être en relation, de prendre part au débat sociétal ; nous prenons part aux combats qui s’y déroulent, nous réjouissant de ses avancées, tout comme nous nous mobilisons face aux menaces du vivre ensemble…. Donc Jésus va aussi se positionner par rapport au politique de son temps …

« Rendre à César ce qui est à César »

« Rendre à César ce qui est à César » : prendre acte de la situation politique et garder un regard critique sur ce la manière dont ce dirigeant accomplit sa mission.
On pourrait presque dire que Jésus acquiesce à la situation qui est celle de son temps : la domination de la vie publique par un empereur païen. Ce n’est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière !
Le texte d’Ésaïe entendu en 1ère lecture nous en parlait déjà : Cyrus, le roi perse, païen, se révèle être un instrument dans la main de Dieu pour libérer son peuple et lui permettre de réintégrer sa terre.
Cyrus était connu pour être un bon roi. Quand il conquérait un nouveau territoire, il permettait aux populations qui avaient été précédemment déportées de retrouver le chemin de leur pays et il leur rendait même ce qui leur avait été enlevé : c’est ainsi qu’en 538, grâce au fameux « Édit de Cyrus », le peuple d’Israël pourra retourner sur sa terre avec tous les objets nécessaires à redémarrer le culte à Jérusalem.
Cyrus, roi païen, mais instrument entre les mains de Dieu !
Roi sage qui a agi conformément aux instructions de Dieu : permettre à chaque peuple de vivre, se développer, s’épanouir sur sa terre, dans le respect de ses convictions et de ses valeurs. Roi qui s’inscrit et qui se conforme au rôle que le politique est appelé à jouer auprès de son peuple : le guider, le diriger, l’inspirer pour qu’il respecte l’esprit de la Torah, le commandement de l’amour et du respect de l’autre, et du Tout Autre.
Alors dans ces conditions, oui, rendre à César ce qui lui est dû : … mais pas plus !!
Payer l’impôt, d’accord, car cela participe à la responsabilité collective …
Mais là où le roi, ou l’empereur exige davantage que ce qui lui est légitimement dû, là où ses prétentions personnelles oppriment le peuple ou obligent le peuple à lui rendre un culte, comme cela était le cas pour les empereurs romains, LA NON, STOP !
LA LIMITE EST FRANCHIE !!
Rendre à César ce qui est à César, mais pas plus !
Ne pas permettre à César de se prendre pour Dieu et exiger que l’humain le serve ou lui soit docilement soumis quand il outrepasse les limites du pouvoir qui lui a été accordé.
L’histoire regorge de ces martyrs, de ces témoins, d’hier et d’aujourd’hui qui ont payé de leur vie leur refus de cette idolâtrie du pouvoir politique. Dire non, et assumer jusqu’au bout cette contestation d’un pouvoir usurpé.
Cela nous le comprenons, assez facilement, et nous y acquiesçons.

Rendre à Dieu …

Mais le plus dérangeant dans la phrase de Jésus est la 2è partie : « Rendre à Dieu ce qui est à Dieu » … et les pharisiens ne s’y sont pas trompés « A ces mots, tout étonnés, et le laissant, ils s’en allèrent » v 22
La phrase de Jésus résonne de manière très particulière pour ces hommes qui se prétendent très religieux et qui, dans l’enceinte-même du Temple, à la fois promeuvent le commerce des animaux et des sacrifices, …. mais sortent quand même de leur poche une pièce à l’effigie de l’empereur … Un César qui entre dans le Temple du Seigneur …
Les voilà confrontés à leurs ambiguïtés …. Tout comme chacun de nous…
« Rendre à Dieu ce qui est à Dieu » … le fait-on vraiment ? Est-on sûr de rendre à Dieu ce qui lui revient ?
Question dérangeante après cette série, au cours des 3 derniers dimanches, des 3 paraboles qui mettent en évidence le refus de l’homme face aux invitations répétées de Dieu. … manifestement non … comment lui rendre ce que nous n’avons d’abord pas accepté de recevoir ? Comment lui rendre quelque chose si nous ne lui avons pas laissé l’occasion de nous offrir tout ce qu’il avait en réserve pour nous ?

Quelle place réserve-t-on en vérité au Seigneur dans nos existences chargées, surchargées, sollicitées de mille parts ?
Comment préserver la part qui lui revient dans nos engagements et investissements multiples ?
Comment faire de la place en nous pour nous permettre d’entendre l’invitation qu’il nous adresse ? Il est là à nous attendre : il nous invite à nous placer devant lui en vérité, et à pouvoir lui présenter ce qui lui revient …

Car si Christ nous invite à « rendre à Dieu ce qui est à lui », c’est que pourtant si, nous l’avons reçu ? … De quoi s’agirait-il donc bien ?
Remontons un peu dans le texte : la pièce de monnaie que les pharisiens montrent à Jésus porte l’effigie de l’Empereur. Et ils doivent la lui rendre …
Or, le mot que nous traduisons par « effigie » se dit en grec « icône » …
Ce mot « icône » (que l’on traduit aussi par image) est un mot très riche de significations dans la Bible…
Cette même idée est présente dès la première page de la Bible avec cette déclaration de « l’homme créé à l’image de Dieu » (Gen 1 : 26-27).
ET VOICI SELON MOI LA POINTE DU TEXTE :
Nous sommes image de Dieu … Ce que Dieu attend que nous lui rendions, ne serait-ce pas la pièce de notre vie, avec notre image gravée dessus, signe que nous lui appartenons entièrement ? une image restaurée, nettoyée, rendue belle par le pardon dont il marque toute notre existence ?

Comme dans l’histoire de l’archéologue entendue tout à l’heure comme Paroles de Grâce * …

Cette invitation entre en résonance toute particulière avec ce moment de la vie du Christ qui est sur le point d’entrer dans sa passion, qui est justement sur le point de rendre à Dieu ce qui lui appartient : sa propre vie, lui qui est justement « l’image visible du Dieu invisible » !
Il exhorte ses auditeurs à rendre à Dieu ce qui lui revient, … et lui-même montrera la voie en s’offrant lui-même, pour vivre jusqu’au bout ce don de soi, ce don de Dieu pour chacun de nous.

Ce matin, le Christ vient nous rappeler l’importance fondamentale de chacune de nos vies, le prix qu’il accorde à chacun de nous, puisque nous portons tous en nous Son image.
Mais il attend que nous nous remettions entièrement entre Ses mains, que nous ne cherchions pas en nous seuls les forces pour avancer dans nos projets, nos engagements, nos bonnes actions.
Ce faisant, nous rappellerons Ses engagements à Lui pour tous, Son amour sans limite.
Nous pourrons alors prendre notre place dans la cité en sachant qui nous voulons donner à connaître : Celui qui s’est offert sans réserve pour que chacun puisse être mis au bénéfice de la Vie abondante de Dieu.

Amen

Pasteur Isabelle Detavernier

Le 22 octobre 2017


Paroles de Vie : « La vieille pièce de monnaie » Nouis, La Galette et la Cruche, T III, p 88

Un archéologue découvre une vieille pièce de monnaie.
Elle est recouverte de terre, totalement oxydée, rongée par l’humidité, abîmée par le temps.
Elle n’a ni relief, ni figure présentable.

Doucement, avec infiniment de précautions, l’homme la brosse avec un pinceau,
Il la nettoie, la polit, répare l’usure du temps.
Et miracle !
Apparaît sur la pièce de monnaie l’effigie du roi au nom de qui elle avait été frappée.

Il en est de même de nos vies.
Nous pouvons nous sentir fatigués, abîmés, défigurés.
Mais Christ est le grand archéologue,
Son pardon est comme un révélateur.
Il fait briller en nous l’image de Dieu qui avait été cachée par le péché.

Sa miséricorde restaure ce qui en nous est brisé.
Sa grâce renouvelle ce qui en nous est abîmé.
Son pardon guérit ce qui en nous est souillé.