Dernière modification par Johan - 2021-01-10 12:55:53

Le baptême de Jésus

Marc 1, 7-11

Nous voici au premier dimanche après l’Epiphanie : avec la visite des mages, la « manifestation, la révélation » de Dieu s’est opérée au profit des païens, ceux que l’on n’attendait pas !
Pour le calendrier liturgique, nous entrons donc maintenant dans le « temps ordinaire » de la vie de l’Eglise. Si nous utilisions les couleurs liturgiques, sur la table sainte, il y aurait une nappe verte, et si nous portions les étoles, j’en aurais une de couleur verte ; signe que le temps de l’Avent – temps de l’attente représenté par le mauve – et le temps de Noël – représenté par le blanc- sont terminés.

Puisque l’Epiphanie est passée, nous reprenons le cours habituel de la lecture de l’Evangile. Cette année, l’année B, est consacrée à Marc.
Et vous l’aurez constaté, avec Marc, pas de récit de la Nativité, ni d’évangile de l’enfance : nous entrons directement dans le vif du sujet.
Chez Marc, pas d’étable, pas de crèche, pas bergers ni de mages qui viennent rencontrer l’enfant nouveau-né ….
« Commencement de l’Evangile de JC, Fils de Dieu »- c’est par ces mots que Mc ouvre son évangile (nous l’avions entendu au 2è dim de l’Avent)
Marc est le premier des évangiles à avoir été rédigé ; il est le plus court aussi, dans une langue très hachée, saccadée ; elle en est presque haletante, marquée par des phrases courtes, rythmée par plein de petits mots liens qui font vivre le texte comme si l’auteur n’en revenait pas lui-même de ce qu’il va raconter ; comme si Marc lui-même était encore sous le choc de ce qu’il vient de découvrir et qu’il veut à tout prix raconter ! Marc, l’évangéliste qui veut nous entrainer à sa suite, cette année, pour que nous partagions sa découverte : la BONNE NOUVELLE – qui est toujours un commencement pour lui. La racine grecque qui signifie «commencer, commencement» revient si fréquemment chez lui que les concordances n’en mentionnent pas toutes les occurrences, toutes les citations !
Pour Marc, la « Bonne Nouvelle » est un "commencement » qui doit surgir inlassablement dans l’existence ! Ne jamais s’habituer à cette bonne nouvelle ! (voici déjà un 1er message) Toujours la recevoir à neuf ! C’est un surgissement perpétuel chez Marc : de là, la répétition de petits mots tels que « aussitôt », « soudainement », « et ensuite », etc … faire rebondir l’intrigue, brouiller les pistes … et devinez quoi … même s’il n’a pas de récit de la nativité comme Mt et Luc, pas d’évangile de l’enfance comme Luc, Marc a bien SON récit d’épiphanie !
Et celui-ci apparaît dans notre « temps ordinaire » ! Je vous le disais : il brouille les pistes, pour nous obliger à chercher, à réfléchir, à faire des liens !
Chez lui, pas d’apparition des anges aux bergers, ces «moins que rien», infréquentables que l’on maintient à distance dans les champs avec les troupeaux comme chez Luc.
Chez lui, pas de venue des mages auprès de Jésus à Bethléem, ces païens, ces savants étrangers, venus hors des frontières du peuple élu – comme chez Mt.
Mais pourtant chez lui aussi UNE EPIPHANIE, une révélation de Dieu, une manifestation de Dieu inattendue qui se donne à recevoir dans le récit du baptême de Jésus que Jacqueline nous a lu tout à l’heure.
Ce récit du baptême de Jésus, sous la plume de Marc, est une EPIPHANIE : c’est une révélation, une manifestation, le surgissement soudain de l’inattendu de Dieu en ce Jésus adulte !
Dès la première page de son évangile, cette puissance inattendue de la Bonne Nouvelle surgit au cœur du quotidien, … comme à la dernière page de son évangile, la même puissance inattendue de Dieu surgira avec la résurrection !
Marc ouvre et referme son «évangile » avec la même stupeur d’un inattendu de la Bonne Nouvelle.

Ici, le Baptême que nous décrit Marc est pour lui l’Epiphanie, la manifestation, la révélation de qui Dieu veut être pour chacun de nous et à quelle vie il nous destine. L’universalité de cette déclaration est bouleversante !
Et pourtant il brouille déjà les pistes quand il présente ce Jésus.
Au v 7, Jn-Baptiste déclare : « Il vient après moi, celui qui est plus puissant que moi, et je ne mérite pas, en me baissant, de délier la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés d’eau ; mais lui vous baptisera d’Esprit Saint »
Les rôles sont complètement brouillés : dans la culture de l’époque, « celui qui vient après », « celui qui suit », « celui qui marche derrière », c’est normalement le disciple, l’élève, qui écoute l’enseignement et qui va observer comment mettre en pratique.
Ici, Jean-Baptiste annonce que celui qui vient après lui, sera plus puissant, plus fort, plus capable que lui … à un point tel que JB ne se sent même pas digne de se mettre à la place du plus petit serviteur, du plus humble esclave, pour délier la courroie des sandales, tâche oh combien humiliante ….
De plus, celui-là baptisera d’Esprit Saint … et les auditeurs de Jean-Baptiste, bien habitués aux textes du PT, savent ce que représente cet Esprit Saint, ce souffle de Dieu. Il y a le souffle créateur des récits de la Genèse, autant celui qui plane à la surface de l’abîme (Gen1), que celui qui est soufflé dans la figurine de terre (Gen2) qui devient un être animé.
Ils pensent probablement aussi à cet Esprit qui ranime les ossements éparpillés et desséchés présentés dans la vision d’Ez 37, réanimation du peuple exilé à Babylone, promesse de libération ainsi que de retour sur sa terre.
Les auditeurs de Jean, venus de toute la Judée et de Jérusalem, s’attendent donc à voir arriver un « superman » , un « mec qui déchire » diraient les jeunes aujourd’hui ….

Et finalement, Marc nous parle d’un simple gars, qui arrive de Nazareth, sombre bourgade dont on n’a jamais entendu parler dans le PT, et qui se fait baptiser par JB dans le Jourdain comme n’importe quel quidam … Où est ce « plus puissant qui baptisera d’Esprit Saint » ?

Dans la description du baptême de Jésus, Marc nous décrit finalement le mouvement de toute vie de foi : la descente en vue de l’élévation, l’entrée dans la communion divine.
Jésus est « baptisé » dans le Jourdain, littéralement, il est « plongé, il fait naufrage, il coule » … bref il « se perd » dans les eaux de ce Jourdain.
(L’étymologie hébraïque du nom « Jourdain » évoque aussi la descente (Yarad), et ce fleuve descend lui-même pour se jeter dans la Mer Morte, le point le plus bas du globe terrestre …) Jésus plonge dans le Jourdain - qui signifie descendre, et qui se jette dans le point le plus bas de notre terre – Il descend au plus bas du plus bas … Quel enseignement, quel message à propos de Celui qui est plus grand, plus fort, plus capable que Jn-Baptiste …
C’est bien ce que l’on appelle la Kénose, l’abaissement, l’humiliation … ce mouvement par lequel le Christ se vide, se dépouille de toute chose, renonce à tous les privilèges que lui conférait sa nature divine…
Mais au moment où il remonte, où il sort de l’eau, l’Esprit descend aussi sur lui. Marc fait se correspondre ces mouvements de montée et de descente (les verbes grecs « ana-bainô (monter) et kata-bainô (descendre) » expriment vraiment bien ce lien entre les 2 mouvements) : en Jésus, lui qui est descendu au plus bas de la réalité terrestre, se rencontrent la terre et le ciel, le temps et l’éternité.
Celui qui est descendu au plus bas des eaux est le même que celui sur lequel l’Esprit descend sous la forme d’une colombe (comme au terme du déluge, la colombe annonce la recréation ….), annonçant la présence permanente de Dieu, le Créateur. Le baptême de Jésus nous signifie la totale solidarité du Christ avec notre réalité humaine et la merveilleuse perspective de la plénitude de vie en Dieu par l’Esprit.
Il nous apprend que nous ne sommes jamais seul(e)s dans ce que nous affrontons comme naufrages dans nos existences car ces lieux-là ont déjà été visités par lui, au moment de son baptême. Aucun lieu, aussi profond, sombre, perdu soit-il ne peut nous laisser croire que nous y souffrons solitaire, oublié, sans assistance, car ce lieu a déjà été visité et a été marqué - de manière indélébile -par la présence du Christ au moment de sa plongée, de son naufrage.
Pour que l’Esprit descende sur lui à sa remontée des eaux, il a fallu que les cieux s’ouvrent, littéralement qu’ils se déchirent … alors oui, finalement, celui qui est plus fort mais qui se fait tout petit, est bien quelqu’un qui « déchire » comme disent les jeunes !
Non seulement ici les cieux sont déchirés pour qu’il puisse recevoir l’Esprit, mais à la fin de l’Evangile de Marc, autre chose sera déchiré : au moment où Jésus rend l’esprit le voile du Temple se déchire du haut en bas…. Plus de séparation entre Dieu et les hommes, plus de Saint des Saints, plus de lieu sacré réservé exclusivement au Grand Prêtre et aux sacrificateurs … Dieu accessible pour chacun, en ce Fils Bien Aimé qui a accepté de visiter les lieux les plus redoutés de la mort et du séjour des morts.

Voilà l’épiphanie de Marc ! Voilà la révélation inattendue par laquelle Marc ouvre son récit de la Bonne Nouvelle : voilà le surgissement de l’inattendu de Dieu dans le temps ordinaire de nos vies !
Il est là dans lorsque nous plongeons dans les épreuves,
Il est là dans les naufrages de la maladie, de la séparation, des ruptures,
Il est là quand nous sombrons à cause de nos échecs, nos ratés, nos égarements …
Nous ne sommes pas perdus, ni oubliés, ni abandonnés : car il est remonté de ces profondeurs et - par l’Esprit reçu à son baptême et à notre baptême, il nous associe à cette remontée et à cette entrée dans la communion divine.

Au moment où il est remonté, une voix lui a déclaré « Tu es mon Fils bien-aimé, objet de toute mon affection », au jour de la Alors, peut-être ces paroles couleront-elles sur nous, comme l’eau sur les plumes d’un canard … ou peut-être « percoleront-elles » à travers les épaisseurs de notre plumage et nous permettront-elles de réaliser que c’est dans l’ordinaire de nos vies que cette épiphanie de Dieu nous est offerte, lorsque nous nous laissons toucher par ces paroles « Tu es mon enfant bien-aimé, objet de toute mon affection ».
Pour toi, mon Fils bien-aimé a accepté de plonger au plus profond de l’horreur humaine pour que plus jamais tu ne t’y sentes seul(e) ou abandonné(e) ; ouvre-toi à l’Esprit que je t’offre. Il te fait vivre dans notre communion.

Amen

Pasteure Isabelle Detavernier
Le 10 janvier 2021