Dernière modification par Johan - 2014-12-25 13:43:40

Jésus renouvelle

Psaume 104 : 1-5, 10-15 ,24-31 - Luc 2 : 1-20

Introduction

Nous touchons au but ! Notre pèlerinage de Noël arrive à son terme !
Tout à l’heure, en compagnie de Jacqueline, avec leurs bâtons et leurs bonnes chaussures, les enfants sont arrivés à Bethléem, ils ont découvert l’enfant de la crèche sous les traits d’une famille latino américaine ! Ils se sont rendus compte que même l’enfant de la crèche n’était pas comme celui auquel ils s’attendaient … Une autre couleur de peau que ce qu’ils voient habituellement dans nos crèches et nos images d’épinal … une autre façon de vivre …Nous sommes encore toujours déroutés, invités à reconsidérer nos a priori !
Avec ce jour de Noël, c’est le 4e personnage de notre couronne qui nous ouvre le chemin : Jésus !
Rappelez-vous tous ces personnages dont nous parlait Mt dans la généalogie de Jésus: parmi tous ces noms, nous en avions choisi 4 : après Rahab qui nous invitait à PASSER les frontières, après Ruth qui nous invitait à DEMEURER dans la fidélité, après Josias qui entrainait à REDÉCOUVRIR, voici maintenant Jésus, celui qui RENOUVELLE !
Tous ces personnages de la généalogie, avec leurs particularités (une cananéenne, une moabite, un tout jeune roi apparemment naïf !!), nous ont mis en mouvement pour arriver ici ce matin.

L’importance d’être renouvelé ….

Et quel est notre état d’esprit ce matin? fatigués de la fête d’hier ? ou simplement fatigués au terme de cette longue année qui nous a apporté son lot d’événements heureux et malheureux .. nous espérons alors que la nouvelle sera moins éprouvante ?
En ce jour de Noël, quel est notre état d’esprit et quelle est notre motivation pour avoir rejoint ce lieu de culte et tous ceux qui nous sont donnés pour frères et sœurs, compagnons de la même aventure de foi ?
Interrogeons-nous un instant ? …..
Est-ce l’habitude, ….. ou la tradition (et ce n’est pas la même chose, vous en conviendrez – l’habitude a quelque chose d’automatique, la tradition évoque une fidélité à des racines … quoique ma grand mère, une bonne protestante, pilier de sa petite communauté villageoise du Nord de la France nous disait qu’il y avait de « saines habitudes » … et que venir au culte le dimanche matin en faisait partie … et que « si l’on savait sortir faire la fête le samedi soir, il fallait savoir se lever pour venir faire la fête au temple le dimanche matin »!!!), donc l’habitude, la tradition, ou bien le plaisir de venir chanter, d’entendre l’orgue, le besoin de se retrouver en communauté, l’envie de prier ensemble, le plaisir de se savoir attendu ici par Dieu qui aime que ses enfants se rassemblent et se fassent du bien ? Martin Luther disait que « le culte consiste à se laisser faire du bien par Dieu » …
Toutes sortes de raisons nous ont poussés ici ce matin, et l’on s’en réjouit … car peut-être qu’en repartant tout à l’heure, vous en aurez découvert une nouvelle qui vous donnera encore plus l’envie de revenir !!

En nous rassemblant ce matin et en contemplant cette couronne, nous ne pouvons qu’être réjouis du message qu’elle nous apporte aujourd’hui ! La lumière et la chaleur qu’elle communique nous font du bien et renouvellent nos forces, notre joie et notre espérance pour affronter les duretés de la vie, les épreuves des soucis de santé, les chocs que les événements du quotidien peuvent nous imposer …

En regardant ces 4 bougies, en y puisant des forces nous sommes prêts pour la nouvelle étape sur le chemin …. Bethléem n’est qu’une halte temporaire finalement avant de repartir ! (N’oublions pas que d’après le calendrier liturgique, nous n’en sommes encore qu’au début de l’année, puisque celle-ci a débuté il y a 4 semaines à présent, avec le début de l’Avent!) L’aventure ne fait que commencer … et aujourd’hui c’est au renouvellement que nous sommes appelés avec Jésus ! Renouvellement de nos cœurs, de nos vies, de nos conceptions, de nos habitudes, de nos traditions, etc …

Le Psaume 104 nous parle de la beauté de la création où tout est bien à sa place, et où chaque élément a une fonction et une place pertinente ! Ce psaume nous décrit l’incroyable diversité des êtres, des animaux, des plantes. Cette diversité est un témoignage de la créativité de Dieu, de sa sagesse et de sa bonté puisqu’il offre à chaque élément de sa création l’occasion d’un développement bien spécifique … Chaque élément a son rôle à jouer en vue du renouvellement de la terre que Dieu opère « Tu renouvelles la terre » s’exclame-t-il ! (Ps 104 : 30)
Dans l’événement de Noël, n’est-ce pas justement ce qui est exprimé ? Dans ce mouvement de Dieu qui se penche vers la terre et y prend place, dans cette annonce de la venue du Sauveur faite par des anges à des bergers, n’est-ce justement pas ce qui est proclamé ?
L’annonce d’un renouvellement des choses, des conceptions, des processus, des positions ?
Ce ne sont pas les puissants de la terre qui deviennent les dépositaires de la bonne nouvelle (les chefs politiques ou religieux, scribes ou pharisiens) mais les petits, les moins que rien, les bergers ceux qui sont considérés comme des parias de la société ; ce ne sont pas les hommes qui doivent mériter d’accéder à Dieu, de se hisser jusqu’à Lui mais Lui qui se fait petit, fragile, vulnérable pour nous faire comprendre que nos réalités humaines sont connues de son cœur et qu’il peut y être un compagnon pertinent !
La célébration de Noël se veut être un renouvellement des conceptions et un renouvellement des positions qu’occupent Dieu et l’humain dans leurs relations respectives … C’était une révolution pour l’époque que de confesser un tel Dieu !!

Le Noël chrétien, renouvellement des fêtes païennes ...

Vous savez que la fête chrétienne de Noël n’est apparue que tardivement, vers les 4è et 5e siècles selon les endroits, et qu’il s’est agi à chaque fois d’une récupération d’une fête païenne à laquelle on substituait un nouveau sens, à laquelle on attribuait une nouvelle signification !

Là où les religions païennes voyaient un déshonneur pour la divinité de naître dans l’humanité, la foi chrétienne proclame au contraire que l’abaissement et Noël deviennent l’occasion de rappeler l’ensemble de la Bonne Nouvelle, de la naissance dans la crèche au bois de la Croix !
Le récit de Noël devient ainsi l’occasion de proclamer les fondements de la foi.
En utilisant la période fêtée par les traditions païennes, les théologiens et responsables de communautés de l’époque tentaient de freiner les excès auxquels les chrétiens se laissaient aller par mimétisme des pratiques païennes, et les poussaient ainsi à témoigner de leur foi dans un contexte différent …
Les fêtes saturnales étaient l’occasion de bien des dérapages et des excès … elles ont nécessité un engagement fort des théologiens et des responsables d’Églises pour tenir bon, et se garder à l’écart des excès. Célébrer la naissance du Christ était incompatible avec le Noël du Soleil Invaincu de Mithra !
Mais la célébration du Noël chrétien n’en était pas pour autant austère !! La joie des célébrations et la présence des lumières permettaient au contraire de manifester toute la joie intérieure des chrétiens… et les réjouissances étaient centrées sur la venue du Fils de Dieu !
Et cette joie a parfois permis aussi d’attirer des païens vers la conversion : la reprise de la date de leur fête païenne mais en en renouvelant le sens a permis aux chrétiens des 4e et 5e siècle de témoigner de leur foi en un Dieu qui quitte la majesté de son domaine pour rejoindre l’humain dans le concret de son existence.
La célébration même de la naissance du Christ était une confession de foi ! ….

Les bergers et Marie … témoins du renouvellement

… A l’image des bergers qui racontent ce qu’ils ont vu, vécu, qui proclament ce qui leur a été annoncé …. et dont le témoignage étonne ceux qui les entendent « Tous ceux qui les entendirent furent dans l’étonnement de ce que leur disaient les bergers » (Luc 2 :18)
…. Étonnement car nouveauté ! Du jamais vu, du jamais entendu … Voici la confession d’un Dieu qui renouvelle les relations avec les humains … et pas simplement « les humains » de manière générale, mais avec chacun de nous.
Et « Marie conservait toutes ces choses et les repassait dans son cœur » (Luc 2 : 19)
La nouveauté de cette situation oblige à prendre du recul, à l’analyser, à en mesurer toute l’ampleur.
A moins de se comporter comme un canard dont les plumes enduites de sécrétion les rendent imperméables et laissent glisser l’eau sans être mouillées, il n’est pas possible de laisser ces événements de Noël passer sur nous tels quels !
Marie nous montre le chemin qui mène au renouvellement : conserver toutes ces choses et les repasser dans notre cœur.
Prendre le temps de considérer de manière personnelle et individuelle ce que cet événement de Noël, qui s’est passé il y a plus de 2000 ans, a de fondamentalement nouveau chaque jour, pour chacun de nous !
En quoi ce Jésus, né dans le dépouillement de la crèche pour mourir dans la vulnérabilité de la Croix, devient Christ pour moi au quotidien et renouvelle mon regard sur les choses et les gens, renouvelle ma force dans les épreuves que je traverse, renforce mon espérance que les ténèbres reculent dans ma vie et dans le monde car je ne suis plus seul pour les affronter !
Cette venue - et les modalités insolites de cette venue - ont défié le bon sens ! Personne ne s’attendait à cela !
Tous en ont été surpris ! Depuis les grands jusqu’aux petits !

Bien heureusement pour nous, nous savons que Dieu a pris son temps pour cela… et qu’il a encore du temps en réserve pour chacun de nous !
Ne soyons pas comme les canards à laisser cet événement couler le long de nos vies !
Comme Marie et les bergers, « conservons toutes ces choses et repassons-les dans notre cœur » (Luc 2 : 19) et ensuite partons « glorifier et rendre gloire à Dieu » (Luc 2 : 20) pour la nouveauté qu’il provoque chaque jour dans nos vies.

Joyeux Noël renouvelé à tous et à chacun !
Amen

-- Pasteur Isabelle Detavernier