Dernière modification par Johan - 2021-05-12 19:49:11

Les bons et les mauvais.

Confiance, le Seigneur m’aime.

Matthieu 13 24-30 et 36-43 ; Jean 4 7-10

La parabole de la “bonne semence et de la mauvaise herbe” est aussi connue sous le nom de parabole du “bon grain et de l’ivraie”, dans d’autres traductions.
La “mauvaise herbe” c’est l’ivraie.
Pour débuter, juste un mot sur ce qu’est l’ivraie car, nous les citadins, nous sommes peu aptes à bien comprendre cette parabole.
Le bon grain, la bonne semence, c’est le froment dont on fait le pain; l’ivraie, la mauvaise herbe, est une graminée toxique qui ressemble grandement au froment. Il faut attendre l’apparition des épis pour pouvoir les distinguer.
Il n’est donc pas possible de les séparer avant que ces plantes ne soient arrivées à maturité. La proposition des serviteurs de séparer le bon grain de l’ivraie est donc assez peu opportune.
Je commencerai par relire cette parabole bien-connue. Jésus nous en livre l’interprétation et je vous la présente maintenant avec les transpositions qu’il nous a indiquées.
Parabole du bon grain et de l’ivraie, ou encore, Parabole des Bons et des Mauvais.
Il en va du Royaume des cieux comme du Fils de l’Homme qui a semé de bons sujets dans le monde.
Pendant que les gens dormaient, le diable est venu; par-dessus, il a semé ses sujets en plein milieu des autres et il s’en est allé.
Les sujets du Malin apparurent aussi quand tous eurent grandi.
Les serviteurs du Fils de l’Homme vinrent lui dire: “Seigneur, n’est-ce pas une bonne population que tu as semée dans le monde? D’où vient donc qu’il s’y trouvent des mauvais?”
Il leur dit: “C’est le Malin qui a fait cela”. Les serviteurs lui disent: “Alors, veux-tu que nous allions les éliminer?”
“Non, dit-il, de peur qu’en enlevant les mauvais vous ne détruisiez les bons également.
Laissez l’un et l’autre ensemble jusqu’à la fin du monde, et au temps du Jugement Dernier je dirai aux moissonneurs: Ramassez d’abord les mauvais et liez-les en bottes pour les détruire; quant aux bons, recueillez-les dans mon Royaume” [d’après Mt 13: 24-30].
Il y a des bons et il y a des mauvais, ces deniers ayant été introduits par le Malin.
Des bons, des mauvais.
Cette vue en “tout blanc” et “tout noir” ne tient-elle pas un peu de la caricature?
Les peuples de l’antiquité expliquaient la présence du mal par les défauts des Dieux, eux-même sujets à la méchanceté. Le peuple juif va refuser cette explication et ré-écrire les mythes antérieurs de la création en précisant constamment que Dieu a créé le monde bon: ‘èt Dieu vit que cela était bon”. Mais d’où venait alors le mal? Dans le récit de la chute d’Adam et Eve, c’est une créature, le serpent, qui introduit ce mal sur terre. Jésus reprend ces deux explications bibliques: Dieu n’a semé que le bon grain, mais un ‘ènnemi” a semé l’ivraie pour contrecarrer le dessein de Dieu.
Le mal peut venir d’une autre créature, mais le malheur, les maladies, les catastrophes naturelles... pourquoi existent-ils si Dieu est bon, si Dieu a créé un monde bon?
Cette question va se poser durant tout l’Ancien Testament. Au début, refusant encore une fois la méchanceté de Dieu, mais persuadé que tout vient de Dieu, les juifs vont se dire que Dieu est bon, mais “juste”: il frappe les méchants. Ces cataclysmes, ces souffrances sont une punition divine. C’est le thème de la chute d’Adam et Eve (souffrance et mort), du déluge et de Sodome (catastrophe naturelle), l’explication des défaites du peuple juif, de son Exil...
Cette signification ne va pas satisfaire tous les auteurs de la Bible. Et très souvent, à la suite d’une “punition divine”, une phrase va être rajoutée qui vient contredire cette justice dure.
Dans le récit d’Adam et Eve, Dieu, après les avoir “puni”, se montre compatissant en les habillant.
Après le déluge, Dieu se promet de ne plus recommencer “je ne frapperai plus tout ce qui est vivant, comme je l’ai fait” [Gn 8: 21].
Un autre problème se posait: le malheur frappait aussi bien le juste que le méchant. Comment Dieu pouvait-il frapper le juste aussi? C’est un des thèmes du livre de Job, où Dieu ne frappe pas Job, mais laisse Satan le faire. La question n’était visiblement pas tranchée dans l’esprit des Juifs au temps de Jésus. Ses propres disciples lui demandent à propos d’un aveugle de naissance “qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle?” [Jn 9: 2].
Devant ce dilemme, Jésus va affirmer que ce n’est pas Dieu qui frappe le méchant, il se refuse à intervenir contre lui, il préfère laisser faire le mal, de peur de faire lui aussi du mal.
[http://enviedevivre.net].
Et nous, où en sommes-nous dans cette histoire de bien et de mal, de Dieu et Satan, de Dieu ou d’absence de Dieu?
Suis-je bon, suis-je mauvais? Je suis sans doute plus gris que blanc ou noir.
L’apôtre Paul nous a brillamment sorti de cette impasse en introduisant le Salut par la Grâce. C’est Dieu qui décide et nos pauvres petits actes, bons ou mauvais, n’ont pas de pouvoir sur Dieu.
Nous ne comprenons pas Dieu et nous n’avons pas à comprendre Dieu. Sa sagesse est tellement plus grande que notre petit esprit humain.

Je résume:
Nous ne comprenons pas Dieu. Nous nous sommes défaits de la question du bien et du mal. Nous sommes incapables d’expliquer la souffrance, les maladies et les cataclysmes.
Ainsi fait, cet état des lieux n’est pas reluisant.
Si Dieu ne nous sert à rien, n’est-il pas temps de se défaire de tout ce folklore religieux?
Je suivrai un instant cette volonté de mise à l’écart du folklore religieux.
Le socialisme, le communisme, le matérialisme et le capitalisme se sont écartés de la pensée religieuse, voire, l’ont violemment repoussée.
Je vais vous citer un passage d’un livre absolument passionnant. Ce livre, écrit par Harari, adresse nombre de questions sous-jacentes à l’avenir de l’humanité.
Yuval Noah Harari est un professeur d’histoire israélien, auteur du best-seller international “Sapiens: Une brève histoire de l’humanité”. Il enseigne au département d’histoire de l’Université hébraı̈que de Jérusalem. L’extrait que je vais vous citer se trouve dans l’ouvrage qui fait suite à Sapiens, il s’intitule “Homo Deus: A Brief History of Tomorrow”.
Je traduis:
Marx (vers 1850) et ses disciples comprenaient les nouvelles vérités technologiques et l’expérience humaine récente, ce qui leur a permis d’apporter des réponses pertinentes aux nouveaux problèmes de la société de leur temps, ainsi que des idées originales quant à la façon de tirer parti des nouvelles ouvertures.
Les socialistes ont créé une nouvelle religion audacieuse pour le meilleur des mondes, “a brave new religion for a brave new world”. Ils ont promis le salut en passant par la technologie et l’économie établissant de ce fait la première religion technique de l’histoire et transformant les bases des discussions idéologiques.
Avant Marx, les populations se définissaient et se divisaient selon leurs conceptions de Dieu, et non pas d’après leurs méthodes de production.
Depuis Marx, les questions de technologie et de structures économiques sont devenues de loin plus importantes et causes de division que ne le sont les débats sur l’âme et sur la vie éternelle. Durant la seconde moitié du vingtième siècle, l’humanité a quasi disparu derrière une argumentation sur les méthodes de production. Même les critiques les plus durs de Marx et Lénine ont adopté leur attitude fondamentale envers l’histoire et la société, ils ont commencé à regarder beaucoup plus attentivement ce que sont la technologie et les méthodes de production plutôt que de parler de Dieu et du Paradis.
[Yuval Noah Harari, Homo Deus: A Brief History of Tomorrow, Penguin (2016) p. 318].
Voici donc Marx, Lénine, Engels et les autres modernes qui ont introduit une nouvelle religion appelée par Harari “la religion technologique”.

Voyons un peu. A nouveau, où en sommes-nous?
Commençant par la “parabole de la bonne semence et la mauvaise herbe” ou encore “des bons et des mauvais”, nous avons touché à la notion “de bien et de mal”. C’est dans l’esprit du “Jugement dernier” qui met Dieu comme juge suprême du sort ultime de chacun de nous.
Ensuite, et suivant en cela le discours de Harari, le socialisme et la nouvelle religion technologique ont relégué Dieu, et tout être plus grand que l’homme, dans un passé en cours de disparition.
Evidemment, cela implique d’énormes bouleversements de la société.
Pensez-vous parfois à l’image que peut se faire une abeille de sa reine-abeille qui trône au milieu de sa ruche?
Une fourmi-ouvrière a-t-elle la capacité de savoir qu’une fourmi-mère tient en vie toute sa fourmilière?
Et l’homme? L’homme face à l’univers, est-il tellement plus capable de comprendre que la fourmi face à sa fourmilière?
Mais, au fait, qu’est donc la vie?
Cette vue d’un demain sans Dieu et sans humains est fâcheusement troublante. Je pense, néanmoins, qu’on ne peut pas la rejeter comme si elle était insensée. Je pense aussi que nous devons regarder ce scénario comme étant une caricature, comme une approche simplificatrice et, je dirais, simpliste.
Qu’en pensez-vous?
Les “ismes”, socialisme et autres, ont gommé Dieu de notre compréhension de l’univers, car Dieu ne sert à rien! Il n’explique ni la souffrance, ni les tsunamis.
Mais pourquoi Dieu devrait-il servir, nous servir?
Pourquoi Dieu devrait-il nous servir?
Les “ismes”, socialisme et autres, n’expliquent pas non plus la souffrance et les catastrophes naturelles.
Le terrorisme de Bruxelles, de Paris ou de Jakarta en 2016 fait partie de la folie des hommes et aucune autre volonté ne doit y être invoquée.
Ces “ismes” ne sont aucunement une raison de rejeter la pensée religieuse.
En bref, je refuse de me voir comme étant une simple machine, comme étant un ordinateur de plus ou moins bonne qualité. L’ordinateur n’a que faire des sentiments alors que, chez l’homme, les sentiments dirigent sa vie.
Je pense que nous avons tous besoin de protection, de nous sentir accueillis tels que nous sommes, en toute confiance.

Un autre sens d’“avoir confiance” c’est d’“avoir foi”. Quand Jésus dit:
“ayez foi en Dieu” ce peut être aussi pour dire de ne pas croire qu’en soi-même, ce qui serait décourageant parce que, moi-même, je suis limité et peu puissant. Avoir confiance en Dieu, ce n’est pas croire qu’il va tout faire à notre place, mais savoir que notre action n’est pas toute puissante, que les choses peuvent évoluer sans nous [Louis Pernot].
J’ai une confiance inébranlable en Dieu, vous ai-je déjà dit.
Demain lui appartient, après-demain lui appartient.
Et ce n’est pas uniquement à la puissance de Dieu que je pense. Là où l’homme est insignifiant, Dieu est présent.
Dieu aime l’homme.
Ecoutons l’histoire de la tempête apaisée; c’est l’expérience de la “sécurité absolue”, au chapitre 8 de Matthieu.
Jésus monta dans le bateau, et ses disciples le suivirent. Alors survint sur la mer une tempête si forte que le bateau était recouvert par les vagues.
Et lui, il dormait [Mt 8: 23-24].
Sommes-nous capables de dormir au milieu d’une nature qui se déchaı̂ne?
Sommes-nous capables d’un tel abandon dans une totale confiance?
Je reprends le texte de l’Evangile:
Les disciples vinrent le réveiller, en disant: Seigneur, sauve-nous, nous sommes perdus! Il leur dit: Pourquoi êtes-vous si peureux, gens de peu de foi? Alors il se leva, rabroua les vents et la mer, et un grand calme se fit [Mt 8: 25-26].
Nous sommes en sécurité dans la main de Dieu (1) .
Le Seigneur nous aime et nous protège.
Faisons confiance au Seigneur!

Amen.

(1) L’émerveillement est, exactement, je crois, l’expérience à laquelle on fait allusion lorsqu’on dit que Dieu a créé le monde; et on décrit l’expérience de sécurité absolue lorsqu’on dit que l’on se sent en sécurité entre les mains de Dieu [Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus (1921)].

Monsieur William Rey
Le 9 mai 2021