Dernière modification par Johan - 2021-06-07 08:19:39

Le temps des hommes et le temps de Dieu

Genèse 1 1-5 ; Psaume 93 1-5 ; Luc 2 25-32 ; Jean 1 1-4

Chères Sœurs et chers Frères,

A qui appartient le temps ???
Nous sommes au bout d’une bonne année de covid et, nous dit-on, nous serions sur le point de commencer une époque d’après-covid, espérons le.
Je ne vous parlerai pas du temps immuable (Nous ne pouvons pas rendre la minute plus courte ou plus longue).
Je ne vous parlerai pas des calendriers lunaires, solaires ou mayas (le merveilleux calendrier maya comporte deux cycles de respectivement 260 et 365 jours qui coı̈ncident après 18.980 jours).
Je ne vous parlerai pas du temps psychologique (tel que le temps nécessaire pour être capable de pardonner).
Les restaurants vont prochainement nous accueillir; cela se fête.
Je préfère vous demander de penser à l’année chrétienne; ferons-nous la fête comme à la nouvelle année? Faisons un pas en arrière, un pas de 130 ans pour devenir contemporain de la Belle Lettre que je vous cite maintenant.
Deux dindes truffées, Garrigou?...
Oui, mon révérend, deux dindes magnifiques bourrées de truffes. J’en sais quelque chose, puisque c’est moi qui ai aidé à les remplir. On aurait dit que leur peau allait craquer en rôtissant, tellement elle était tendue...
Jésus-Maria! moi qui aime tant les truffes!... Donne-moi vite mon surplis, Garrigou... Et avec les dindes, qu’est-ce que tu as encore aperçu à la cuisine?...
Oh! toutes sortes de bonnes choses... Depuis midi nous n’avons fait que plumer des faisans, des huppes, des gelinottes, des coqs de bruyère. La plume en volait partout... Puis de l’étang on a apporté des anguilles, des carpes dorées, des truites, des... Grosses comment, les truites, Garrigou?
Grosses comme ça, mon révérend... Énormes!...
Oh! Dieu! il me semble que je les vois... As-tu mis le vin dans les burettes?
Oui, mon révérend, j’ai mis le vin dans les burettes... Mais dame! il ne vaut pas celui que vous boirez tout à l’heure en sortant de la messe de minuit. Si vous voyiez cela dans la salle à manger du château, toutes ces carafes qui flambent pleines de vins de toutes les couleurs... [Alphonse Daudet, Lettres de Mon Moulin, Les Trois Messes Basses (1887)].
Je suis convaincu qu’Alphonse Daudet a dû bien s’amuser lorsqu’il écrivait “Les Trois Messes Basses”.

Pour aborder la facette du temps sur laquelle j’aimerais aujourd’hui un instant retenir votre attention, je vous citerai maintenant un des maı̂tres qui ont contribué à ma formation.
Perdus dans les steppes de Sibérie, deux correspondants de presse relatent les dernières nouvelles du conflit en cours à leur journaux respectifs. Tout passe par le télégraphe, moyen encore moderne à cette époque (en 1876).
Donc, l’un des correspondants monopolise le télégraphiste en dictant son papier et le cher confrère, à son plus grand dépit, est obligé d’attendre son tour. Le premier correspondant remet sa dépêche à l’employé qui, placide, procède à l’envoi: Daily-Telegraph, Londres.
De Kolyvan, gouvernement d’Omsk, Sibérie, 6 août. Engagement des troupes russes et tartares...
Troupes russes repoussées avec grandes pertes, Tartares entrés dans Kolyvan ce jour même...
La dépêche terminait.
Mais le correspondant anglais continua à écrire une suite de mots qu’il passa ensuite à l’employé, et celui-ci les lus de sa voix tranquille: “Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre!”...
C’étaient les versets de la Bible qu’Harry Blount télégraphiait, pour employer le temps et ne pas céder sa place à son rival [Jules Verne, Michel Strogoff, Partie 1, Chapitre 17 (1905)].
Le temps coule lentement pour l’un, au rythme des gesticulations du télégraphiste.
Le temps file pour l’autre journaliste, frustré de ne pas pouvoir informer ses commanditaires..
Vous êtes-vous jamais demandé si Dieu a été stressé en créant l’homme et la femme?
Le septième jour de la création lui a-t-il paru plus court ou plus long que les jours précédents?
Comment le temps immuable peut-il passer plus vite ou plus lentement?
Soyons modestes, Dieu pourrait très bien avoir créé l’homme et la femme par erreur. Pensez-y. Etre créé par erreur nous donnerait une bonne excuse lorsque nous sommes des ratés.
Et puis sommes-nous si différents des années? Comme nous, elles commencent, peuvent être bonnes ou ratées, puis finissent...
Finissons-nous? Les années ne se remplacent pas les unes par les autres, elles s’étendent chacune sur la suivante et cela me suggère la vie éternelle, la “vie éternelle”.

Il y a le temps des hommes et le temps de Dieu.
Notre vie, nos actes, nos pensées sont inscrits dans le moment présent, dans le hier et dans le demain.
Demandez donc à votre voisin ce qu’il fera dans tout juste un mois, dans trente jours, jour pour jour, heure pour heure. Il sera tout surpris par la question et, sans doute, peu capable de formuler la moindre réponse immédiate. La même question posée pour d’autres échéances devient risible: “Mon cher, que penses-tu faire dans 1000 ans, exactement 1000 ans? ”.
C’est que le temps considéré, 1000 ans, n’est pas à notre échelle humaine.
Ceci est le temps des hommes.
Le temps de Dieu nous est inconnu.
Nous essayons de l’entrevoir lorsque nous considérons la vie éternelle. Pardon, excusez-moi, j’ai dit “la vie éternelle” sans être capable de préciser mon vocable. Plus j’essaye de préciser la notion de vie éternelle, plus cette notion m’échappe. En fait, véritablement, seul Dieu peut dire ce qu’est la vie éternelle.
C’est le temps de Dieu.
Nous, petits hommes, nous croyons que l’univers nous est connu ou, au moins, que l’univers nous sera bientôt connu, alors que nous sommes complètement liés au temps des hommes.
Illusion, illusion que tout cela.
Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité [Ec 1: 2].
Précédant et dépassant infiniment le temps humain et ses divisions, l’éternité biblique est présentée comme un attribut même de Dieu: L’Eternel est roi à tout jamais [Ps 10: 16].
trouve-t’on au Psaume 10; ou encore : Ton trône est établi dès les temps anciens; Tu existes de toute éternité [Ps 93: 2].
au Psaume 93 qui vient d’être lu.
Mais il est un point que vous ne devez pas oublier, bien-aimés: c’est que, devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans sont comme un jour, [2Pi 3.8.].
dans la deuxième épı̂tre de Pierre.
C’est pourquoi Dieu domine aussi le temps par son omniscience. Le passé, le présent et l’avenir n’existent pas réellement pour celui qui est éternellement, et qui connaı̂t toutes choses avant qu’elles n’arrivent [Nouveau dictionnaire biblique, Editions Emmaus, 1806 Saint-Légier sur Vevey (1961) p. 743.].

Mais il est temps d’atterrir dans notre quotidien, de vivre ici et maintenant ce que nous rencontrons.
Notre temps d’homme est limité, nous savons tous qu’un jour nous aurons quitté ce monde. Le temps passant, nous le sentons dans notre chair bien plus que n’en avons connaissance. Vient un moment où nous décidons de faire ceci ou cela avant que la chose ne soit plus possible.
Quant à mon épouse et moi-même, nous avons voulu avancer la date anniversaire de nos cinquante ans de mariage. Siméon, lui, a voulu rencontrer Dieu avant de quitter cette vie.
Au passage, je note que le nom de Siméon est déjà un enseignement, Siméon veut dire “celui qui écoute”. Il est à l’écoute des promesses données par la Bible, ce ne sont pas pour lui des utopies pour rassurer face à la rudesse de la vie en ce monde, mais ce sont des promesses qui sont données pour que nous les recevions maintenant, nous et nos proches, car le temps est venu. Siméon écoute, il prend ces promesses au sérieux et cela fonde sa façon d’être, avec une ouverture délibérée à l’action de Dieu dans sa vie.
Voyant ce bébé, l’enfant Jésus, le souhait de Siméon le plus profond était accompli; les temps à venir seront pris en charge par cet enfant en devenir.
Le temps des hommes a rencontré le temps de Dieu.

Amen

Monsieur William Rey
Le 6 juin 2021