À mémoire courte, avenir incertain

Depuis le mois de mai fleurit, au long des routes et des jardins, une curieuse végétation. Serait-ce une répercussion des changements climatiques ? En effet, les climatologues nous promettent des jours difficiles, des variations de climat, des excès et de la violence de la part d’une nature en révolte… Juin nous a habitués à des floraisons plus classiques : rosiers en pleine explosion florale, hortensias débonnaires et généreux, dahlias multicolores, lavandes frugales et parfumées, pétunias, joyeux pompons des plates-bandes, pivoines éphémères et odorantes. Le catalogue floral est fourni, mais ne comporte aucune mention de ces « plantes » à la croissance plus rapide que celle des champignons. Rouge vif ou très vif, bleu, amarante, vert, émeraude, la gamme des couleurs est riche. La floraison des panneaux électoraux bat son plein : photos retouchées pour certains, sourires convaincants, pose étudiée et conseillée par des coaches en communication, slogans prometteurs et inévitablement réducteurs. Qui sera le plus percutant, le plus racoleur ? Qui caressera le plus l’électeur dans le sens du poil ? Qui proposera des solutions à l’emporte-pièce plutôt qu’une remise en question de notre manière de vivre et de fonctionner ? Celui qui osera les messages difficiles ne se sabordera-t-il pas aux yeux d’une population rodée aux raccourcis des réseaux sociaux, peu formée à une réflexion nuancée et soucieuse de défendre ses petits intérêts avant tout.

Nous parlions des panneaux électoraux le long des routes, c’est de la « culture » classique et anodine, je dirais, mais des messages plus vénéneux prospèrent dans le terreau fertile des réseaux sociaux justement. Chômage ? Réduction du pouvoir d’achat ? Difficultés de logements ? Violence vraie ou ressentie ? Délinquance ? Etc, etc. Les sujets ne manquent pas au catalogue de certains partis politiques et des solutions faciles sont trouvées à tous les problèmes. Cela me fait penser au sirop typhon, l’universelle panacée, de Richard Anthony ! Mais, de toute façon, c’est l’autre le coupable : l’étranger, le wallon, le « différent ». Vous pouvez allonger la liste à votre gré. Je suis sidérée par le nombre de personnes qui vont voter pour des partis qui véhiculent des messages extrémistes, je suis sidérée par ces pays où on vote pour des fous, des malades, des malhonnêtes, des manipulateurs. Je suis sidérée par le manque de mémoire et de sens critique de toutes ces populations qui votent aux extrêmes. Ah oui, on vous promet une prospérité retrouvée pour chacun et chacune. Ah oui, on va nettoyer le pays de tous les étrangers. Ah oui, c’est la faute aux musulmans, aux juifs, aux colorés, aux jeunes, aux vieux…Ah oui, on va rétablir la discipline. Ah oui, on est les meilleurs.

Rien n’est facile, vous pouvez en être sûrs et ceux qui disent le contraire mentent. Hitler a été élu démocratiquement. On a beau répéter ce mantra, on dirait qu’une surdité subite ou un manque de mémoire majeur empêche les gens de comprendre. Ils pensent que tout va changer avec certains extrêmes. Oui, tout va changer… dans le mauvais sens : moins de solidarité, moins de liberté, de presse notamment, moins de justice, moins de respect des normes internationales. On le voit dans tous les pays qui votent « mal ». Ouvrez les yeux, s’il vous plaît ! C’est l’avenir de tous qui est en jeu, c’est la liberté de tous qui est en jeu : on commence par restreindre les droits des étrangers, puis ceux des femmes, ensuite de tous. Oui, de tous. Mettez-vous cela dans la tête. Et on peut être soulagé si cela ne se termine pas par une guerre ! Je dois avouer que j’ai peur, avec un fou à l’Est et un autre qui se profile à l’Ouest. « Ce n’est pas bien, cela, madame. Il faut avoir confiance dans notre Seigneur. » Oui, certainement, mais une sainte trouille peut être salutaire et faire réfléchir dans le secret des urnes. Seigneur, toi qui laisses l’humain libre de choisir entre le bien et le mal, éclaire notre jugement pour qu’il s’ouvre au discernement et rejoigne ta volonté d’un monde solidaire, pacifié et réconcilié.

Yvette Vanescote
Juin 2024