A TOI LA GLOIRE

S’il est bien un cantique qui me transporte et me fait toucher à la plénitude, c’est, comme je le dis en riant, notre « hymne national » protestant : A toi la gloire. Hymne chanté à Pâques surtout, pour célébrer la résurrection du Christ, hymne de reconnaissance pour sa victoire sur la mort. Hymne qui nous engage à ne plus craindre. Ces paroles : « non, je ne crains rien », me font chaque fois réfléchir et me posent cette question : si tu étais en danger de mort à cause de ta foi, pourrais-tu encore chanter ces mots ? Il m’est impossible d’apporter une réponse tranchée : je ne sais absolument pas si j’aurais ce courage. Il faut être honnête… et humble.

D’autres cantiques nous incitent à louer Dieu pour tous ses bienfaits. C’est facile, dans les cas où nous avons le sentiment d’être bénis, gâtés par la vie, bien dans nos baskets, heureux dans notre couple, famille, métier, bénévolat… Facile, quand on contemple un paysage à couper le souffle, quand on écoute une musique « divine », quand on admire l’œuvre d’un ou d’une artiste… Facile quand on a la santé, qu’on peut se déplacer, voyager, rencontrer des amis, participer à des événements, avoir des activités culturelles…

Qu’en est-il lorsque le moral dégringole, la santé se déglingue, les finances manquent, la solitude frappe à la porte, le deuil s’installe dans le cercle proche et éclaircit le rang des amis tant aimés ? Qu’en est-il lorsque les éléments se déchaînent : la sécheresse qui craquèle les sols devenus stériles, les inondations qui ravagent tout sur leur passage, les tornades qui emportent les toits les plus solides, les blizzards et les températures extrêmes, trop chaud, trop froid ? Qu’en est-il dans les pays en guerre, ravagés par des guerriers sanguinaires ? Qu’en est-il de ceux et celles qui subissent des violences et des privations de leurs droits les plus élémentaires : boire, manger, avoir un toit, exercer une profession, aller à l’école… ?

La louange est-elle possible dans ce genre de cas-là ?

J’ai été très intéressée par un article (internet) du grand rabbin, Lord Jonathan Sacks, sur la louange dans le judaïsme : « il existe un lien profond entre la musique et l’esprit. Lorsque le langage aspire à la transcendance, et que l’âme aspire à se libérer de l’attraction gravitationnelle de la terre, son expression se fait chant. » Il explique que les textes religieux sont tous chantés dans le judaïsme, avec des cantillations différentes selon les écrits. Et il cite de nombreux cas de vie, dont des douloureux, où le chant a été non seulement possible, mais source d’une émotion profonde, bouleversante.

Mais louer Dieu ne consiste pas seulement en des cantiques, des poésies, des paroles, des prières : on peut encore louer Dieu en actes. Poser ces actes, consciemment, à la gloire de Dieu, pour son service, poser des gestes d’humanité, qui coûtent, donner de sa personne, remporter des victoires difficiles… La barre est mise très haut, la cible nous semble inatteignable. C’est à ce prix que nous avançons petit pas après petit pas et que nous progressons sur la voie étroite qui mène à la Vie.

Nous ne sommes pas seuls sur ce chemin aride, Jésus nous y précède, nous porte, nous soutient, nous encourage. Et lorsque nous nous réjouirons d’avoir réussi quelque chose de bien, que la gloire en revienne à Dieu : SOLI DEO GLORIA.

Yvette Vanescote
Mai 2026