LES MOTS OUBLIÉS
Allez savoir pourquoi, me reviennent à l’esprit des mots qu’on n’entend plus guère, en tout cas moi.
« Mica », qui sait encore que des poêles domestiques du siècle passé utilisaient des baies constituées de feuilles de mica transparentes pour permettre de surveiller la combustion du bois, du charbon, de l’anthracite lorsqu’ils étaient en fonctionnement ?
C’était, pour la gamine que j’étais, un spectacle magique, que je contemplais, couchée sur le tapis du salon. Je ressens encore le plaisir intense qui était le mien, à sentir la chaleur et à admirer le spectacle des flammes, alors que le soir d’hiver était tombé, que le gel mordait dehors et qu’il fallait monter avec une bouillotte pour ne pas cailler la nuit dans son lit.
J’ai connu un hiver terrible, en 1956, où les rideaux intérieurs des fenêtres se prenaient dans les fleurs de gel du vitrage…
Je sais, les vitrages des inserts offrent aussi un beau spectacle, mais plus question de se vautrer sur un tapis, vous m’y retrouveriez encore des jours après…
Le mica qui m’enchantait, à la fois par la musique du mot et la magie du spectacle, c’était pour le salon.
Dans le living une cuisinière avec des coffres de part et d’autres, bien pratiques pour se chauffer les pieds gelés, trônait dans un coin et il fallait, chaque matin, ôter le mâchefer, sorte de galette dure de cendres agglomérées. C’était très gai à faire, pour qui ne devait agir que de temps en temps ! Moins gai, charger le poêle avec le seau à charbon très lourd.
« Mâchefer », encore un mot ancien. Vous connaissez peut-être son équivalent wallon : « in craya », moins distingué mais succulent à l’oreille d’une descendante de wallons émigrés à la capitale.
Dans cette fameuse cuisinière, on cuisait les patates à la buse. Une horreur pour tous les cancérologues actuels, un délice pour l’enfant des années 50 ! On soulevait les couvercles métalliques du dessus de la cuisinière, on glissait les patates à gauche et à droite du couvercle et on attendait. Vos tubercules ressortaient noirs comme des mineurs, vous les coupiez en deux et, hop, une bonne « plotche » de beurre. Wouaaaah, rien de meilleur !
« Patate à la buse »… qui utilise encore cette expression ?
Vous pouvez arriver à une pâle imitation en cuisant les patates dans la cendre du BBQ, rien à voir avec la cuisinière, ses couvercles et ses coffres si hospitaliers.
Si j’avais demandé des mots oubliés à l’intelligence artificielle, elle m’aurait certainement sorti une série de vocables bien plus nobles, bien plus savants, mais ils n’auraient pas eu autant de saveur pour ma mémoire ; je les classe donc dans le top un de mes souvenirs d’enfance.
Je me demande quels sont les mots oubliés d’aujourd’hui…
Pourvu qu’on n’ait pas rayé du vocabulaire, les mots « solidarité » (sentiment humanitaire qui pousse à assister autrui), « honnêteté » (intégrité, probité, droiture), « courage » (force de caractère qui permet d'affronter le danger, la souffrance, les revers, les circonstances difficiles), « fidélité » (qualité de quelqu’un qui est constant dans ses sentiments, ses affections), « vérité » (conformité d'une relation avec les faits, s'oppose à mensonge), « amour » (sentiment fort de tendresse et d'affection entre deux personnes ou envers une divinité ou un idéal), « paix » (rapports entre personnes qui ne sont pas en conflit. Rapports calmes entre citoyens ; absence de troubles, de violences. Situation d'une nation, d'un État qui n'est pas en guerre).
…
Je pourrais allonger la liste, cela n’ajouterait pas grand-chose. Je vous suggère d’ailleurs de vous y coller.
Ah, juste encore une chose avant de partir : n’oublions pas les mots foi, confiance.
Que notre Maître nous donne la force de ne pas oublier les mots amour, foi, courage, honnêteté, vérité, solidarité et surtout nous pousse à en vivre chaque jour.
Il est à la fois notre référence et notre… dictionnaire.
Yvette Vanescote
Octobre 2026