J 'étais si tranquille

Seigneur, pourquoi m'as-tu dit d'aimer
tous mes frères les hommes ?
J'ai essayé, mais vers toi je reviens effrayée !
J'étais si tranquille chez moi.
Je m'étais organisée, je m'étais installée.
Mon intérieur était confortable et je m'y trouvais bien.
Seule, j'étais d'accord avec moi-même,
à l'abri du vent, de la pluie et des voyous,
et je serais restée dans ma tour enfermée !
Mais à ma forteresse, tu as découvert une faille,
tu m'as forcée à entrouvrir ma porte.

Comme une rafale de pluie en pleine face,
le cri des hommes m'a réveillée.
Comme un vent de bourrasque, une amitié m'a ébranlée.
Comme s'insinue un rayon de soleil, ta grâce m'a inquiétée.
Et j'ai laissé ma porte entrouverte, imprudente que j'étais !
Dehors, les hommes me guettaient.

Ils sont entrés chez moi les premiers !
Il y avait tout de même un peu de place en mon cœur :
jusque-là c'était raisonnable.
Mais les suivants, les autres hommes,
je ne les avais pas vu,
les premiers les cachaient,
ils étaient plus nombreux, ils étaient plus misérables,
ils m'ont envahies sans crier gare !
Il a fallu se resserrer,
il a fallu faire de la place pour eux chez moi.

…/…

Suzanne de Dietrich
Société Luthérienne
Éditions Olivétan 2012